Sicile 2023

Trilogie méditerranéenne.

« Jamais deux sans trois » dit-on ! Pour ne pas faire mentir cet adage un peu absurde et souvent contrarié, on part cet automne à la découverte de la plus grande île de la méditerranée. De Palerme à Taormine, de Catane à Agrigente, de Syracuse à Trapani, équipés de nos super vélos de rando, avec dans les oreilles les musiques des plus grands films tournés là-bas, sur fond de plages paradisiaques, de temples grecs et romains, à l’ombre des borsalino de Cosa Nostra, nous allons parcourir cette île où le panache de l’Etna sera notre point cardinal.
Alors, « andiamo » !

Sicile, J-1… On est prêts!

Vélos révisés, sacoches et remorque remplies, check-list du matériel et des vêtements validée, le départ c’est pour demain !
Baptême du feu pour nos pur-sang de rando (@histoirebike et genesisbikes, du vrai bon matos increvable, on en reparlera plus tard!).
Le temps d’aller jusqu’à Gênes, où le ferry nous attend pour une journée de mer vers Palerme et le premier coup de pédale sera pour samedi matin.
Je ne sais pas si, enfants sur notre premier vélo, nous rêvions de voyage mais le plaisir d’enfourcher une bécane est intact et randonner à vélo un bonheur toujours renouvelé.

Jeudi 16 novembre.
Gênes, embarquement imminent…

Les randovélos se succèdent et l’excitation du départ reste la même.
On quitte notre village et une maison en chantier, en espérant qu’à notre retour les artisans de la vallée se seront surpassés.
Sur la route de Gênes, on fait une petite halte sur l’aire de «la Côte d’Azur » juste le temps de déplorer un paysage défiguré par les constructions et les infrastructures. Et si le passage de frontière vers l’Italie est devenu incolore et indolore (merci l’Europe !), il marque tout de même le début du voyage. Autres panneaux, autre langue, seules les pubs restent les mêmes.

La voiture déposée dans un parking (très) longue durée du centre ville, nous nous plongeons dans le trafic d’une grosse ville italienne pour rejoindre le port. En trente minutes de roulette russe dans la circulation intense du centre ville de Gênes, on se rend compte que les scooters (des Piaggio bien sûr…) imprévisibles sont bien plus dangereux que les voitures, qui de toute façon n’utilisent jamais la file de droite (pas assez viril?). Et quant à trouver notre chemin dans une ville inconnue, on ne louera jamais assez les applis de nos smartphones.
Le port de Gênes est tentaculaire et nous rejoignons le pont d’embarquement au milieu des poids lourds et des container près desquels on se sent bien vulnérables.

En attendant le départ, on admire la ville la nuit!

Sur le « ponte Albertazzi », après deux heures d’attente dans le vent et la fumée des bateaux et des camions, on embarque à bord du « La Suprema », sorte de ville flottante remplie principalement de semi-remorque, non sans avoir admiré la dextérité des dockers pour ranger des 38 Tonnes au chausse-pieds dans les soutes (pas plus de 10 cm entre chaque remorque, et tout ça du premier coup !). Et c’est parti pour 19 heures de traversée!
À nous la Sicile…


Jeudi 16 et vendredi 17 novembre
Éloge de la lenteur… et de la vitesse!

Les dix neuf heures sur le ferry sont inévitables mais pas franchement réjouissantes. D’autant que le paysage ne change pas beaucoup. Comme on vogue vers la Sicile, notre grand jeu est d’imaginer des destins de mafieux à chaque passager que l’on croise : la victime qui va finir à la mer lestée d’un parpaing, l’homme de main qui tapote l’épaule de son « ami », et bien sûr le parrain…

À bord, tout brille, les cuivres des rambardes, les inox des ponts et les miroirs des coursives. Ça sent la nostalgie des grandes traversées d’une autre époque, le personnel est affable, on s’attarde à table ou au bar en sirotant un dernier verre… avant le suivant ! Les autres voyageurs passent leur temps entre le snack, la salle de détente, la télévision italienne et leur cabine ou alors déambule sur les ponts la cigarette au coin des lèvres en regardant mélancoliquement l’horizon.
Finalement, la croisière ne s’amuse pas tant que ça…

Faire passer le temps, au milieu de nulle part… et dans un luxe suranné.

On accoste vers 19h30 avec un retard sur l’horaire prévu qui ne nous permettra pas de flâner dans la circulation. D’ailleurs ladite circulation ne nous le permettra pas !
Préparer les vélos à la sortie du bateau au milieu des semi-remorque et des voitures qui manœuvrent fait monter le stress d’un cran, et une fois en route (et on espère sur la bonne…) on se rend vite compte que la couleur des feux a moins d’importance que la puissance du klaxon et, que les files de circulation « ben, y’ en a pas ! ».
Au « Mamamia GuestHouse », le premier défi à relever est de monter les vélos au premier étage (sans ascenseur bien sûr!).

Musique, vieilles pierres et premier Spritz (limoncello).

La chambre donne sur un patio très agréable vu la douceur des températures mais on est dans le centre de Palerme, avec plein de bons cotés ( l’animation, les restaurants, le « Makmixology » et son mini concert…) et de moins bons (pourquoi une boîte de nuit juste sous notre lit?)

Palerme, ville animée, même un 17 novembre.

Samedi 18 novembre
RV5.1 Palerme – Caccamo
(55 km – 798D+ – 3h45)
Une mise en jambe…

Le petit déjeuner est servi dans un café pas très loin du B&B, ce qui est assez original mais se révélera une habitude en Sicile. On en profite pour se ravitailler et admirer la ville sous le soleil matinal.
Se sortir vivant du centre ville de Palerme relève un peu de l’exploit ! Le palermitain fait une interprétation très personnelle du code de la route. La priorité à droite est un mythe et le stop reste un concept totalement flou. En général, ça passe, à grand renfort de klaxon et d’insultes (mais tellement belles en italien!) et des fois pas !
On s’en sort donc en roulant… sur les trottoirs.

Palerme, et la baie du même nom.

Rien de très marquant pour le reste de la journée. À l’encontre de bien des à priori, les siciliens sont plutôt respectueux des cyclistes et ne manquent pas de nous saluer au passage. La montée vers Caccamo se fait sans encombre malgré le dénivelé respectable. Et le village à flan de montagne offre une jolie vue sur le château médiéval.

Douche originale dans le B&B de Palerme. Une montée tranquille vers Caccamo… avant un petit canon!

Notre gîte se trouve au centre du bourg (« Villeta nel centro storico », c’est écrit dessus!) et la vue imprenable s’étend sur la vallée qu’on vient de gravir, jusqu’à la mer… D’ailleurs, dans ce village, toutes les vues sont imprenables tant la pente est impressionnante.

Château et Cannolo

On se trouve un restaurant pizzeria monstrueux (« A Castellana », 25 personnes au service et pas loin de 200 couverts), qualité italienne au rendez-vous, et premier contact avec les cannoli, LA spécialité sicilienne (qui va faire l’objet d’une étude détaillée de notre part tout au long de ce voyage), un tube de pâte frite garnie de crème mousseuse à base de ricotta et d’orange. Pas mal!


Dimanche 19 novembre
RV5.2 Caccamo – Cefalù (46 km – 206D+ – 3h00)

À peine une étape !

De la descente, des plages et une ville dans son jus, c’est un bon résumé de la journée. Et comme les jambes font un peu mal, ça tombe bien ! La « balade à mémère » selon Marion, commence par un petit stress à la sortie de Caccamo.

Des ruelles très en pente de Caccamo à la route du littoral.

Un cheval échappé de son enclos tente de nous accompagner, suivi par son propriétaire visiblement débordé par l’étalon.

On ne sait pas si ça mord, mais tout est prêt pour l’apéro et le pique-nique.

Le reste du trajet est sans encombre, un pique nique au bord de la mer avec les pêcheurs à la ligne, une sieste au soleil et une route qui traverse une zone résidentielle complètement déserte à cette époque de l’année. On est tôt à Cefalù pour profiter de cette ville magnifique, animée et colorée, un vrai décor de film italien (« Cinema Paradiso » a été tourné dans ces ruelles).

Cefalu depuis la route, et une vue sur la côte nord de l’île.

L’accueil de la Villa Margherita est étonnant : contact par WhatsApp, envoi des « documenti » par le même chemin et… à demain ! Efficace mais ça manque « d’humanitude ».
Le dimanche étant le jour du Seigneur et aussi celui de la lessive, il flotte dans toute la ville un agréable parfum de… propre ! Sous le soleil d’hiver, l’ambiance est magique.

Une ruelle qui mène à la Piazza Duomo… et aux gelati!

Le temps d’une gelati (eh oui, c’est l’hiver mais on dépasse allégrement les 20°C) à l’ombre du « Duomo » et de majestueux palmiers dattiers, d’une petite sieste et c’est l’heure de l’apéro et du repas dans un restaurant du cœur de ville, Le Brace. Nourriture impersonnelle, mais ambiance d’habitués plutôt chouette .

À la nuit tombante, on découvre ce vieux lavoir. Magnifique!

Retour à la casa pas trop tard, une jolie excursion nous attend pour le lendemain…


Lundi 20 novembre
RV5.3 Cefalù – Capo d’Orlando
(86 km – 643D+ – 4h44)
Pas ma journée !

Accueil pas inoubliable hier et petit déjeuner du même acabit ! Seulement trois tables pour les sept chambres du B&B, soit on attend, soit on déjeune dehors. On choisi la seconde solution, on a de la route à faire. Heureusement, il ne pleut pas.

Le maçon italien, une réputation surfaite?

Quitter Cefalù en suivant le bord de mer est un vrai plaisir. La route est large, peu fréquentée et de bonne qualité. Au premier arrêt, j’oublie mes lunettes de soleil sur le parapet (c’est du moins ce que je pense!). Et hop, un kilomètre aller-retour pour m’apercevoir qu’elles sont accrochées sur la carriole . Au deuxième arrêt, en partant de la boulangerie, mes lunettes tombent sur la route et je n’ai pas le temps de les récupérer qu’une voiture roule dessus. Exit les lunettes de soleil…
Ensuite notre appli d’itinéraire nous lâche, problème de connexion avec les satellites (l’heure de la sieste?). On continue sans carte, au talent, Strava nous rejoindra plus tard…

Jour de marché et vraie piste cyclable

On pique nique en bord de mer, un classique, et on rejoint une piste verte (enfin plutôt piste bleue!) qui longe la plage, un régal.

Sur la route de Capo d’Orlando, un coin pique-nique de rêve.

Notre vitesse est soutenue et dans un endroit sablonneux, ma roue avant part d’un coté et moi de l’autre. Grosse gamelle, mais plus de peur que de mal ! Je commence à me dire que cette journée est maudite. On finit par une grimpette de deux kilomètres à au moins 10% qui clôture l’étape en beauté.

On croise les traces des incendies de l’automne, et des panneaux si accueillants !!!

L’accueil au B&B Il Fiore Bianco est enthousiasmant même si la décoration des chambres est… disons très personnelle. Et il faut redescendre en ville (les 10 %!!!) pour trouver un restaurant… Vivement demain!


Mardi 21 novembre
RV5.4 Capo d’Orlando – Milazzo (68 km – 549D+ – 4h08)

Sous le signe du feu !

Le feu, celui qui détruit et aussi celui qui fascine. Le feu qui, l’automne dernier, a détruit des pans entiers de montagne, des habitations noircies et une station service miraculeusement épargnée. Une odeur tenace de pain grillé et de cheminée nous accompagne, comme nous accompagne la vue sur le Stromboli (et ses éruptions à intervalle régulier) et l’Etna. Le feu qui fascine, c’est cette journée entre deux des volcans les plus actifs d’Europe.

Le Santuario Maria Santissima et le Stromboli, que nous ne visiterons ni l’un ni l’autre.

Bloqués par une route en travaux et une vasière à traverser, on profite de la gentillesse de promeneurs siciliens qui nous indiquent un raccourci et nous aident à porter les vélos dans un passage difficile.

Arrivée sur Milazzo au soleil couchant

L’étape est plutôt tranquille sauf quelques raidillons qui ont fait mal aux mollets. On croise beaucoup de cyclistes et de cyclotouristes dans cette région touristique de l’île. Notre hôte nous conseille gentiment sur les endroits à visiter, comme le château qui domine la ville sur son promontoire (on arrive trop tard, c’est fermé!), ou l’adresse du « Sike Gelato », sûrement les meilleurs glaces de la côte !

Sike Gelato, inratable!

On prend l’apéro à la terrasse du V&V au pied du château pour finir à l’ « Adagio Adagio » dont la carte reste un mystère linguistique…
Demain, destination Messine, on bascule sur la côte Sud et la météo bascule dans les nuages, le vent et un peu de pluie. Vedremo…


Mercredi 22 novembre
RV5.5 Milazzo – Messine
(61 km – 291D+ – 3h34)
Une pure journée de route.

On pourrait l’appeler aussi journée de transition. D’abord, on retrouve nos itinéraires après ré-installation de l’appli Strava, ce que tout le monde me conseillait et qui me faisait un peu peur (risque de perdre tous nos itinéraires patiemment élaborés). Les trente premier kilomètres se font au milieu du trafic et des zones industrielles qui se succèdent. Et dans la grisaille, en plus !

Trouvez le lien entre ces trois images…

Le détroit de Messine est un endroit un peu particulier, comme tous les lieux de transition. Lien entre l’île et le continent, arrivée et départ de navires du monde entier, mais aussi séparation entre les îliens et les autres, lieu mythique entre Charybde et Scylla associé à la légende d’Ulysse.

Plus de 3 kilomètres d’un pylône à l’autre.

La tour de Faro, mini tour Eiffel (+ de 270 mètres de hauteur !) et sa sœur jumelle située sur le continent, ont longtemps été le seul point d’alimentation en électricité de l’île. On y pique nique, au bord de la mer, fasciné par le ballet des cargos, des ferrys et des navettes.

Pique-nique en bord de mer, mais le temps se gâte!

Et Messine, que l’on nous a décrit comme une ville très moche d’architecture mussolinienne (c’est comme l’architecture stalinienne, mais avec les mains) a le charme des villes portuaires.Le service de laverie de notre hôtel (« Re Vittorio de Luxe ») est le bienvenu après cinq étapes d’autant qu’on nous rend notre linge repassé et plié ! Ouah…

Sirène et fleur de tiaré. Messine, la période glorieuse est passée…

Le « Cavallino Caffé » nous gratifie d’un second apéritif, un excellent Spritz d’ailleurs, parce qu’une pluie diluvienne s’abat sur la ville au moment de sortir… La pizza qui suit nous donne les forces pour la journée de demain…


Jeudi 23 novembre
RV5.6 Messine – Taormina
(51 km – 700D+ – 3h24)
Parlez moi de la pluie…

Une petite étape avec pas mal de plat, juste avant la grimpette sur l’Etna, c’est comme ça qu’on voyait les choses. À peine sortis de Messine, ça s’est un peu compliqué. On fonce droit sur un orage dantesque (on a su le soir même qu’il y avait une alerte orange sur la région) qui, malgré nos vêtements de pluie nous oblige à trouver refuge dans un dépôt de forains. C’est si violent qu’il est impossible de garder les yeux ouverts, la route est totalement inondée et pour la première fois l’idée de prendre le bus est évoquée.

Là, on a compris que ça ne serait pas si simple!

C’est parti pour 3/4 d’heures d’attente en essayant de ne pas se refroidir et en grignotant des barres énergétiques.

Même sous une pluie battante, il y a la place pour une photo !

Nouveau départ sous une pluie fine et le vent qui s’est calmé pour finir l’étape entre la mer, la voie ferrée, l’autoroute et la montagne. Pour le pique nique, on s’abrite du vent dans un abribus (c’est vraiment le refuge du randonneur), le long d’une plage de sable noir qui nous dit que l’Etna n’est plus très loin.

Caprices de la météo… Du déluge au grand soleil en quelques minutes.

La montée vers Taormine est sans surprise, on croise beaucoup d’autocars qui nous font craindre le pire. La foule est finalement supportable (On est quand même fin novembre), on y entend plus d’anglais (les américains et leur accent charmant), de français (idem) que d’italien. Mauvaise surprise, on ne peut pas visiter le théâtre romain (ferme « alle quatro ») et le charme de Marion ne fera pas plier le gardien. Et le magnifique jardin botanique est fermé pour raison météorologiques. Il ne reste plus qu’à profiter de notre superbe B&B (« Re Tancredi », accueil aussi chaleureux que l’endroit est magnifique) et à déambuler dans la vieille ville pour se trouver le resto qui va bien.

Taormine, céramique kitch, panorama et… De Gustibus, un lieu comme on les aime.

Ça sera le « De Gustibus », une cuisine sicilienne simple mais bonne, un service qui vous enjaille et les meilleurs cannoli, mais ça, on le saura plus tard. À noter qu’en Italie, la TVA sur le vin servi au restaurant est à 10 %, un vrai soutien à la viticulture et à la restauration…


Vendredi 24 novembre
RV5.7 Taormina – Piano Provenzana
(42 km – 1889D+ – 4h40)
Une journée de surprises !

A commencer par la découverte du Teatro Antico de Taormine. Je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi monumental !

Le théâtre antique de Taormine, toujours en activité !

Pour quelle civilisation contemporaine la culture tient-elle autant de place ? En montant vers cet amphithéâtre, je me disais qu’on aurait une vue sur l’Etna. Mais quelle vue !!! Le volcan s’était couvert de neige pendant la nuit et une fumerolle se détachait sur un ciel bleu.

L’Etna, et déjà quelques fumerolles, signe d’une éruption imminente..

Il ne nous restait plus qu’à partir à l’assaut du phénomène. Bon, presque 1900 mètres de dénivelé d’un seul tenant et avec peut être de la neige à l’arrivée, on n’en menait pas large.

Linguaglossa, portes du Parc. Au centre, notre contrat moral.

On s’est arrêté souvent, pour des photos, pour se ravitailler en eau ou en barres énergétiques mais finalement, on l’a fait. Les trois derniers kilomètres dans la nuit et le froid, dont un à pousser les vélos dans une pente à 15% et à la limite de l’hypoglycémie, nous ont semblé bien longs.

Plus on avance, plus il fait froid et plus la pente est rude

Mais tout au long de la journée, les paysages époustouflant, mêlant le vert des conifères, les dégradés jaunes et rouges des feuilles d’automne et le noir de la roche quand ce n’était pas la nudité chaotiques des champs de lave, avait une saveur Islandaise bien agréable (le soufre?).
Au chalet (j’avoue, là on a craqué le budget vacances !), Massimo nous accueille. On va être comme des coqs en pâte, sauf qu’il n’y a pas d’eau pour les cuire, les pâtes ! Pompe HS. Sur le volcan, à cette altitude, il n’y a ni sources ni ruisseau, l’eau s’enfonçant instantanément dans les roches volcaniques poreuses. Pas de douche donc, c’est terrible comme on pue et on a froid. Notre hôte finit par nous dépanner pour ce soir. Et le sauna et le repas effacent la déconvenue.

Demain, on fait une excursion jusqu’au cratère à 2200 mètres. À cause de la neige, on ira pas plus haut, et si l’éruption se confirme, il risque de ne pas y avoir d’excursion du tout. Oui, parce que, point final de la journée, l’Etna se met en quatre pour nous accueillir. Ciel rougeoyant et bruit des explosions. On est à 7 kilomètres du cratère sud en éruption mais le grondement est nettement perceptible. On est aux anges !


Samedi 25 novembre
Journée de (presque) repos pas loin des cratères
!
Vent et brouillard.

Finalement, ce ne sont pas les risques d’éruption qui vont contrarier notre rando au sommet de l’Etna mais la météo. Vents violents (150 km/h au sommet) et neige nous cantonnent aux cratères à 2200 mètres. On est bien contents de ne pas avoir à pédaler aujourd’hui…

Vincenzo et les coulées de lave de 2002.

Vincenzo, notre guide, nous emmène pour une visite détaillée de l’éruption de 2002 ( géologiquement, c’était il y a 5 minutes !) qui a détruit totalement la station touristique de Piano Provenzana, hôtels, restaurant et remonte pentes compris. En à peine plus de 2h30 sous le vent et la pluie, on va pouvoir se rendre compte des enjeux scientifiques et sociaux économiques du volcan et de ses sautes d’humeur.

Le mystère des arbres qui ne brûlent pas – le toit d’un hôtel sous la coulée – Un cratère.

Un petit mot sur notre guide, Vincenzo. Petit fils de vulcanologue (la bande à Haroun Tazieff…), il a connu sa première éruption à 3 ans, sur le dos de son grand-père. Autant dire qu’il connaît son volcan sur le bout des doigts !

Le paysage est lunaire…

Le reste de la journée se passe en sauna, repas, sauna, sieste, sauna lessive et séchage de nos vêtements trempés. À ce propos, le sauna fait aussi un excellent sèche-linge.
Le soir venu, l’ambiance se tend un peu dans le chalet, le vent s’est levé et la neige tombe, tombe… Comme Vincenzo nous a raconté que l’an dernier il est tombé 3 mètres de neige (légende ou réalité?) dans une nuit, il y a de quoi s’inquiéter. Mais rien ne sert de passer la nuit le nez collé aux carreaux, le temps change si vite. Et puis c’est « Apéro time » !
En espérant que la météo se calme pour demain…


Dimanche 26 novembre
RV5.8 Piano Provenzana / Bronte
(47 km – 549D+ – 3h32)
Danse avec le volcan (première partie)!

Au réveil, à 7 heures (eh oui, le cyclotouriste se lève tôt, plus cyclo que touriste!), le ciel est bleu et la route dégagée. C’est surtout le vent qui a soufflé fort (80km/h) toute la nuit qui nous inquiète. Le temps de la douche et du petit déjeuner, et tout change ! Dehors, c’est la tempête, en quelques minutes la route s’est couverte de 5 cm de neige.

Et c’est parti pour une heure de “Vélo-ski” !

On reporte notre départ, notre hôte qui est dans la vallée nous suggère d’attendre le début d’après midi que ça se réchauffe ! On ne suit pas ses conseils nous recommandant la prudence mais on a quand même attendu une accalmie pour partir. Départ un peu différé à vrai dire suite à la rencontre de ma tête avec un bac à fleur pas très aimable. Trouver la trousse de secours, faire un pansement, attendre une nouvelle fenêtre météo favorable et c’est 1/2 heure de moins pour rouler.

Ça se dégage, mais pas pour longtemps…

On part un peu stressé par l’état de la route, vélo et neige faisant rarement bon ménage, Marion va vite s’en rendre compte. Vive le casque et non au frein avant, c’était écrit dans le manuel !

Jamais eu de descente aussi fatigante, ni aussi belle !

Au bout d’une demie heure de route et de neige, on avait passé le plus dur et le chasse-neige nous a bien aidé. Nous qui rêvions de descendre en 15 minutes ce qu’on avait monté en 4 heures…
Le reste du parcours est une formalité, on va tourner autour du volcan pendant encore deux jours, en espérant bien voir l’éruption en cours depuis Catane. Elle annonce une éruption majeure d’ici deux à quatre mois, selon les volcanologues.

On tourne autour de l’Etna sous un soleil bienvenu.

On fait étape à Bronte, capitale mondiale de la pistache… de Sicile ! Et on ne pouvait pas manquer la pasticceria F.Lli Gangi, célèbre pour ses pâtisseries et sa glace à la pistache.

Codes couleurs?

C’est un vieux du village qui se propose de nous accompagner dans sa vieille Fiat Panda et quand nous arrivons devant la pâtisserie, tout le monde salue le bonhomme. Ça semble être une personnalité du village, et comme on descend de sa voiture, on a droit à des poignées de mains et à un petit traitement de faveur de la part du patron (pas de file d’attente). On a du tomber sur un Padrino local…

Bronte, cannolo pistache, et inévitable pizza… à la pistache !

Et les pâtisseries à la pistache sont à se pâmer !


Lundi 27 novembre
RV5.9 Bronte – Catane
(58 km 542D+ – 3h31)
Danse avec le volcan (suite et fin).

Aujourd’hui, c’est le grand toboggan ! De Bronte à Catane, c’est presque mille mètres de dénivelé négatif. On commence par 20 kilomètres de descente au milieu des oliviers,des figuiers de barbarie et des pistachiers (gardés par des chiens aux crocs dissuasifs) jusqu’au pied d’Adrano.

L’Etna est toujours aussi beau, mais on a quitté le Parc et ça se sent (au propre comme au figuré).

Adrano, charmante localité au nord de Catane… Non, pas du tout, le problème de gestion des ordures qui touche toute l’île, y est criant ! On a du coup moins envie de flâner, on prend juste le temps de trouver une panetteria et un excellent pain aux olives pour notre pique-nique.
En étant pas trop regardant sur la propreté du lieu, on arrive à se changer face à l’Etna. La fin de l’étape se passe sur une route sale et un peu trop étroite, donc dangereuse.

Le grand roman des ordures sur l’île !!!

On nous avait décrit la circulation dans Catane comme chaotique pour des non initiés. Mais finalement, la psychologie du conducteur sicilien est assez simple : il tente toujours de forcer le passage, au stop, au feu rouge… mais si on résiste, il n’insiste pas ! Et en tant que cycliste, on est bien plus respecté qu’en France. À savoir aussi que le danger vient rarement de derrière ou d’en face, mais plutôt des rues adjacentes, qu’un feu vert ne vous garantit pas un passage en toute sécurité et qu’une voiture garée est aussi un danger potentiel !

Street Art, antiquité…

Une petite visite de la ville avant la traditionnelle pizzeria du soir nous fait découvrir une architecture très mussolinienne, des rues animées de véhicules à moteur en tout genre et des Duomo à tout les coins de rue.

… et passé de bien triste mémoire. Heureusement il y a le réconfort des expresso !

Contraste saisissant après les quelques jours passés sur l’Etna ! Et un Teatro Antico bien moins majestueux que celui de Taormina… Un effet du blues post-Etna ?

Mardi 28 novembre
RV5.10 Catane – Sortino (58 km – 753D+ – 4h03)
Du miel et des pizzoli
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De cette étape, pas grand chose à dire ! Beaucoup de vent, un peu de pluie, des vergers d’agrumes à perte de vue. C’est l’époque de la récolte et les arbres sont chargés de fruits. C’est beau à voir mais on sent bien que l’agriculture biologique n’a pas grand-chose à faire ici ! Quant à la main d’œuvre…

Du vent et des orangers !

Sortis de Catane en longeant le bord de mer, passé la zone industrielle, la plaine agricole est battue par le vent, que rien n’arrête.

À quelle nouvelle vie étaient-ils promis, ces enfants ?

Sur notre route, on croise quelquefois des édifices étonnants, comme cet asile pour enfants abandonnés (les enfants et l’asile…) ou cette statue qui donne de la fraternité mussolinienne une idée pour le moins ambiguë !

Rencontre avec l’art Mussolinien, les pizzoli et le Street Art !

Arrivés à Sortino, notre hôte nous parle tout de suite des deux fiertés de la ville, le miel ( on en trouve partout) et surtout les pizzoli, sortes de pizza à double détente. Une couche de pâte agrémentée de tout ce qui tombe sous la main du pizzolerio, recouverte d’une pizza plus classique. Ça devrait le faire pour des affamés comme nous. Retour de la pizzoleria « I quattri canti ». Effectivement, rien n’a ajouter, ni dans l’estomac, ni sur notre B&B !


Mercredi 29 novembre
RV5.11 Sortino – Syracuse (38 km – 363D+ – 2h12)
La ville à deux vitesses.

Une toute petite étape pour profiter pleinement de cette ville mythique de Sicile.

La Chiesa Madre, style chargé mais la calade du parvis est magnifique !

Avant de quitter Sortino, nous partons à la recherche de la Chiesa Madre, une église de style typiquement… sicilien (Mathilde, à l’aide !). On se perd un peu dans la ville et c’est grâce à un vieux qui n’hésite pas à nous y accompagner qu’on la trouve enfin. Merci Padrino ! L’église est fermée (en Sicile, les églises sont souvent fermées, ou occupées par une messe ou une cérémonie) mais déjà magnifique de l’extérieur.

SP 28, la voie est libre…

Une grande partie de l’étape se fait en descente sur la SP28, une belle route peu fréquentée depuis la création de l’autoroute. Pas de voiture ni de nids de poules, des bas côté propres, un régal !

Des paysages magnifiques juste avant Syracuse.

On circule entre les champs d’orangers et les oliviers, sous le soleil et le vent dans le dos. On arrive dans Syracuse par le nord et la vision n’est pas tout à fait conforme à l’idée qu’on se fait d’une cité classée au patrimoine mondial de l’UNESCO ! Mais c’est une réalité, la ville est coupée en deux, une partie populaire et vivante et l’île d’Ortigia, mythique et touristique. Tous les bâtiments sont occupés par des magasins de souvenirs, des restaurants et des B&B’s. Le notre est mignon comme tout, à un carrefour du quartier populaire, mais ces boites à clefs, ça manque vraiment de contact humain !
Comme on est de plain pied sur la rue, les vélos dorment avec nous et prennent de la place dans le salon. Pas grave, on file se balader dans la vieille ville, la presqu’île d’Ortigia, qui explique L’Unesco et la chanson de Salvador.

Ortigia, le Syracuse touristique.

Place du Duomo, on découvre le glacier de nos rêves, Gelati Bianca, glaces au yaourt et glace à la pistache à se damner ! On termine notre visite par un apéritif en terrasse, en fait un Spritz face au soleil couchant et une magnifique murmuration d’étourneaux.
Demain, repos, lessive (on commence à puer un peu !) et re-balade en ville, on n’a pas fini le tour.


Jeudi 30 novembre
Journée de repos à l’ombre d’Appollo(n).

On commence par un petit déjeuner typiquement sicilien au « Cannoloterapia », tout un programme ! Au menu, croissant chocolat ou marmelade et café americano, l’expresso italien vous collant aux dents pour le reste de la journée. Eux le boivent comme la vodka pour un polonais !

Influences divines ou influences mauresques ?

L’Anfiteatro romano, lieu de jeux barbares et de sacrifices d’esclaves tient toutes ses promesses au milieu du parc Archéologique de Neapolis.

La ville moderne et ses barres d’immeubles des années 70 entoure les vestiges de l’antiquité grecque et romaine comme une évidence de continuité spatio-temporelle.

L’Orecchio de Dionysos, ancienne carrière d’où étaient extraites les pierres des temples.

Dans ce même parc, l’Orecchio de Dionysos est une cathédrale taillée dans la pierre (20 à 30 mètres de haut) dotée d’une incroyable sonorité. On a même eu droit à la performance d’un chanteur amateur, « La vie en rose » de Piaf au fond d’une caverne, c’est pas commun !
Et puis il y a la « Madonna delle Lacrime », ce truc tout en béton censé célébrer la gloire du Christ, et bénie par J.P II soi-même (un lendemain de cuite?). Ça ressemble à la fusée Appollo, celle qui vous envoie plus près de Dieu !!!
Retour sur Ortigia, où Apollon, dieu grec des arts, avait son temple à Syracuse. Malheureusement, il n’en reste qu’un tas de pierres.

Le Castello Maniace. Les cerclages (récents) des piliers sont là pour prévenir le risque sismique.

Mais le Castello Maniace est une merveille d’architecture militaire (type Vauban?) situé tout au bout de la presqu’île et censé la protéger des invasions barbares.
On décide à nouveau d’un Spritz face au coucher de soleil, avec encore une belle murmuration et les explications d’Omar, inénarrable antiquaire bruxellois d’origine tunisienne et grand amoureux de cette ville. J’ai chambré Marion qui s’était installé en terrasse à coté du « bellâtre », lequel m’a surpris en s’adressant à nous dans un français parfait ! On ne saura jamais s’il avait capté mon petit mot ironique !?! En tout cas, une belle rencontre, et classe, les pieds nus dans des chaussures en cuir, c’est classe…


Vendredi 1er décembre
RV5.12 Syracuse – Portopalo Di Capo Passero (66 km – 313D+ – 3h51)
Rien que le nom, j’ai la moitié de mon texte !

On ne quitte pas Syracuse sans une dernière colazione, certes au milieu des barres HLM, mais des corneto et un café à tomber !

Notre ami Tian sur les routes de Sicile.

Jusqu’au pique nique, pas grand chose de mémorable. On navigue entre les champs d’agrumes, les oliveraies et les zones industrielles. Marion tente bien la baignade mais le soleil joue à cache-cache et le vent ne faiblit pas !

En Sicile, il y a quelquefois loin de l’idée à la réalisation !

On arrive pas trop tard à Portopalo (j’abrège) pour aller voir l’isola Di Capo Passero que l’on peut rejoindre « à pieds, à marée basse », selon les rédacteurs du Lonely Planet! Ils sont tous bretons à la rédaction ou quoi?
Ici, on est à la pointe la plus sud de l’île, plus au sud que Tunis !

Portopalo, au premier plan la Tonarra et à l’horizon l’Isola di Capo Passero.

On attend tranquillement l’heure de dîner dans un bar, enfin en terrasse, donc dans la rue! Il fait une telle douceur qu’on entend même des grillons chanter quand la sono et le carillon de l’église nous en laisse le loisir!


Samedi 2 décembre
RV5.13 Portopalo Di Capo Passero – Marina Di Ragusa (68 km – 404D+ – 4h12)
Changement de programme.

Quand on prépare nos randovélo, on essaye de choisir des parcours relativement sûrs, en évitant les chemins creux et les sentiers non répertoriés. Aujourd’hui, on était d’humeur vagabonde et comme plusieurs panneaux indiquaient une piste cyclable jusqu’à Trapani (400 et quelques kilomètres de voie verte, ça fait rêver), banco, on l’a suivie !

Après la piste cyclable, la plage cyclable. Un nouveau concept…

Tout allait bien jusqu’à la sortie de Pozzalo où la piste se termine sur une plage. Et rouler sur le sable avec des vélos chargés à bloc, ça n’est pas une partie de plaisir. Mais finalement on y arrive en roulant entre le sable trop sec et le sable trop mouillé. Et c’était même un des meilleurs moments de la journée.

Finalement, sur la bande de sable humide (mais pas trop…), ça roule plutôt bien !

L’autre bon moment , à part la douche, on l’a eu au Chiosco de la Marina. Le Chiosco, c’est comme un bar circulaire (un kiosque, quoi!), souvent ouvert H24, où les siciliens vont prendre l’apéro et dans lesquels on trouve toujours un truc à manger. Ambiance sicilienne garantie !

La route, le sable et pour finir, le Chiosco !

Pour nous préparer à l’étape de demain, on s’est offert « Sotto Sale Salta Tempo », le rendez-vous de tous les Ragusiens. Un régal, surtout le fritto misto de crevettes et poulpitos.


Dimanche 3 décembre
RV5.14 Marina Di Ragusa – Licata (90 km – 704D+ – 5h19)
Un long dimanche de pédalage !

Ça n’est pas le genre d’étapes qu’on affectionne mais elle sont parfois inévitables. La grande plaine qu’on traverse n’est qu’un océan de plastique composé des serres de production de légumes. Courgettes, aubergines, poivrons, tomates et artichauts mûrissent encore en ce début du mois de décembre sous des centaines de tunnels recouverts de plastique. En plus du temps gris et du vent de face, tous les ingrédients étaient réunis pour une journée banale. Alors, comme le dimanche, c’est le jour des cyclistes et qu’en Sicile ils très expressifs en croisant d’autres cyclistes, Marion s’est amusé à enregistrer leurs « Salve », « Salute » et autres « Bongiorno ». Distrayant…

Colazione au bar du coin, serres à perte de vue et zone industrielle. Le résumé de la journée !

Il ne manquait plus à cette journée qu’une jolie zone industrielle, un pique nique au bout d’une jetée un peu glauque et une montée finale à se faire péter les ligaments.

qrf

Heureusement, la pause de 4 heures au Caffucino de Licata nous a fait du bien et la polizia locale nous a aimablement aidé là où Maps était perdu (si si!). Et vu les dénivelés, il valait mieux ne pas trop se tromper !

Licata de jour…

Même dans les journées les moins exaltantes, on trouve toujours du réconfort…

Super cépage ce “Catarratto” – …Licata de nuit.

Lundi 4 décembre
RV5.15 Licata – Agrigente (53 km – 1090D+ – 4h03)
Où l’on teste notre résistance à l’imprévu !

Tout commençait pourtant bien par un petit déjeuner calorique à souhait après l’étape d’hier. Puis les choses se gâtent rapidement avec les premières pentes, courtes mais très raides. Plusieurs fois, on doit pousser les vélos !

La pente est raide mais la vue est belle.

Jusqu’au lieu dit Le Castello, ou la route devient chemin, le chemin se transforme en piste, puis… plus rien !

Le Castello de nos malheurs…

Et pour cause, une partie de la falaise s’est effondrée dans la mer et notre chemin avec ! Pas d’autre choix que de tracer notre route directement dans la lande, obligés d’être à deux pour pousser les vélos chargés dans les endroits les plus raides, en se partageant quelques restes pour le pique-nique et tomber sur une barrière fermée avant de retrouver notre route.
On finira par passer en démontant nos attelages, en passant les sacoches, les vélos et la remorque par dessus et par dessous les grillages et les barrières.

On pousse, on porte, on rampe. Sous le soleil, heureusement !

Résultat des courses, 2 heures pour faire 1 kilomètre, une sacoche cassée et deux petits chats à qui l’on a donné nos croûtes de fromage un peu périmées. Tout ça pour éviter un tunnel ! La prochaine fois, on passera dans le tunnel…
Les mauvais moments ayant eux aussi une fin ( et nous une sacrée faim, on pensait bien trouver de quoi manger en route), on a fini par arriver à Agrigente ! À Syracuse, on avait rencontré Omar, antiquaire bruxellois et grand amoureux de la Sicile qui nous avait expliqué qu’Agrigente c’était un peu Disneyland ! Bon, ça semble exagéré au premier regard, surtout en arrivant avec le soleil couchant éclairant la vallée des temples.

Le confort d’une vraie route, première vision d’Agrigente et le réconfort d’un très bon vin. Marquée par ta journée ???

On va approfondir ça demain ! En attendant, on peine un peu à trouver notre logement, dans les ruelles en escalier de la vieille ville (tu m’étonnes que Maps ait du mal…)
Au restaurant, une excellente pizzeria, le vin qu’on choisit s’appelle « résilience », bonne conclusion pour cette journée…


Mardi 5 décembre
Journée de repos à Agrigente
Une journée pour Mathilde…

Depuis quelques jours, c’était devenu un gimmick entre nous : « Agrigente, c’est une journée pour Mathilde*… »! Agrigente, c’est un melting-pot temporel et culturel inimaginable.

Des ruelles en escaliers (pratique en vélo !), des églises, des temples, Agrigente est aussi la ville de Pirandello.

Des Grecs aux Arabes en passant par les Normands, les civilisations s’entremêlent, se copient, s’influencent, les styles cohabitent, quelquefois sur le même monument. Un régal pour nos yeux incultes, comme cette cathédrale San Gerlando aux magnifiques plafonds et une vue imprenable sur Agrigente depuis ses tours !

San Gerlando et la vue depuis le haut de sa tour !

Et bien sûr, la Valle Dei Templi, malheureusement sous la pluie, ce qui gâche un peu le plaisir. Mais c’est tout de même superbement mis en scène et le prix des consommations dans l’inévitable café (au moins pour s’abriter un peu de la pluie) vaut le détour !!!

La vallée des temples, sous la pluie, mais on ne pouvait pas rater ça !

Heureusement, notre trattoria du soir nous réconcilie avec la gastronomie sicilienne, où comment faire bon avec des produits simples.

*(Mathilde, c’est une amie d’enfance de Marion et notre référence culturelle pour les œuvres d’art.)


Mercredi 6 décembre
RV5.16 Agrigente – Sciacca (75 km – 895D+ – 4h41)
Une journée pour les mollets !

Il n’aura pas fait un temps extraordinaire sur cette étape de notre tour de Sicile. Pas de pluie, mais une fraîcheur humide qui nous a incité à pédaler. Passé Porto Empedocle, on découvre les Scala Dei Turchi (« les escaliers des turcs »), phénomène géologique spectaculaire. Il doit son nom aux Sarrasin qui s’en servirent pour envahir l’île.

Scala dei Turchi et raidillons.

On s’offre un beau pique-nique sur un parking d’hôtel désaffecté où débarquent des voyageurs mystérieux qui s ‘échangent des marchandises « au cul du camion » et des enfants d’une voiture à l’autre (familles recomposées???).
Puis, jusqu’à Sciacca, pas grand chose, sauf un Sicilien qui nous a reproché de prendre un sens interdit : pour des gens qui ne respectent ni les feux ni les stops, c’est cocasse !

Sciacca, au style arabe très affirmé.

On termine la journée par une visite nocturne de Sciacca à la recherche des escaliers Zig e Zag, dont le nom évoque bien la forme et que décore une multitude de céramiques, spécialité de la ville.

Zig e Zag, bien sûr !

L’influence de la Tunisie toute proche se fait nettement sentir, dans l’architecture, la gastronomie et même la langue.


Jeudi 7 décembre
RV5.17 Sciacca / Mazara del Vallo
Millième kilomètre et du vent !

Les marins passent l’équateur, pour nous, c’est le millième kilomètre !
Après les escaliers Zig e Zag de Sciacca, on se contente pour aujourd’hui d’une longue étape facile et sous le soleil.

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On évite une improbable piste cyclable pour une Strada provinciale large et peu fréquentée. Le millième kilomètre donc, autour de Selinunte, ancienne cité grecque, petit port de pêche et notre lieu de pique nique du jour (ce qui va la rendre encore plus incontournable, n’en doutons pas…).

1000 kilomètres pour @histoire.bike et autant pour les mollets qui le font avancer.

Selinunte, c’est aussi un parc archéologique que nous sommes bien tentés de visiter mais entre le prix d’entrée prohibitif, l’impossibilité de garer les vélos en lieu sûr et les kilomètres qu’il nous reste à parcourir, on abandonne ! Le voyage à vélo impose quelquefois ses limites.
Jusqu’à Mazara del Vallo, de longues lignes droites face au vent et au soleil mettent le moral à rude épreuve. Notre gîte, le Mirabilia Arab House, est notre récompense, dans la Casbah de Mazara.

Palais arabes et couscous de poisson. Vive le melting-pot !

Ici, on est à portée de tir (ou de pédalo!!!) des côtes tunisiennes et cette influence est omniprésente, dans l’architecture, la cuisine, la langue parlée et l’incontournable couscous de poisson de BabyLuna ( on appréciera le jeu de mot !). Tiens tiens, le Maghreb, une future destination ?

Dans la Casbah de Mazara.

Un dernier mot sur notre B&B du jour, à ne pas manquer, pour l’accueil de Fina et pour la « chambre des merveilles » directement inspirée d’un lieu de prière et de méditation (face à La Mecque) découvert à Palerme.


Vendredi 8 décembre
RV5.18 Mazara del Vallo – Trapani (64 km – 211D+ – 3h27)
Comme une journée de repos !

Après deux étapes fatigantes pour les mollets et le vent de face qui use le moral, ces 63 kilomètres de plat, avec le vent dans le dos et en grande partie sous le soleil, ressemblaient à une journée de repos.

Les vignes de Marsala.

On a navigué entre les vignes de Marsala, la côte et les marais salants, avec pour horizon les Isole Egadi, on s’est fait un pique nique au pied de tas de sel où les touristes viennent pour une photo souvenir avec les moulins à vent en toile de fond !

On a pu constater que le recul du trait de côte n’est pas une légende et que Trapani à 15 heures ressemble à une ville déserte. Réveillés de notre sieste post-vélo par une fanfare, on se demande bien quel événement ils fêtent. Jusqu’à ce qu’on comprenne qu’aujourd’hui, c’est jour férié en Italie (immaculée Conception). D’où la procession avec la Vierge et discours du curé à chaque carrefour. Et la ville s’est miraculeusement animée, tous les commerces sont ouverts et la population s’est donné rendez-vous dans la rue.

Trapani, religieuse et joyeuse !

Pour se remettre de toutes ces émotions, on a pris l’apéro dans un bar à vin très accueillant et fini la soirée au Dimora Botteghe, un restaurant tout aussi chaleureux et délicieux, le limoncello final offert par le patron qui parlait français et était passé à Montpellier. On est rentrés en tentant de mettre un pied devant l’autre en se disant qu’ils ne faisaient pas de prisonniers dans ce pays.

Les marais salant de Marsala (une bien belle allitération !).
Samedi 9 décembre
RV5.19 Trapani – Castellamare del Golfo (57 km – 1277D+ – 4h41)
Une étape pour les yeux, pas pour les mollets !

Quand on a préparé cette étape, on avait prévu une bifurcation pour un trajet plus sauvage, sur des routes peu fréquentées, voire des chemins non balisés.

On quitte ce B&B de rêve pour la montée vers Erice. Pur plaisir de cycliste !

La raison a eu raison de notre enthousiasme et devant une météo peu clémente ou en tous cas pas très fiable on a décidé (à l’unanimité) de prendre la grande route. Ce qui fait déjà un joli parcours !

Une montée “Alpedhuezesque”

Exit le petit parcours dans la montagne, mais la montée vers Erice suffisait largement. Et la vue à l’arrivée était à la hauteur de la difficulté. La tête de chien affamé de Marion devant les pâtisseries siciliennes avalées pour éviter l’hypoglycémie donne une idée de l’effort consenti…

Le paysage valait bien une petite fringale, non ?

La descente ( avec encore quelques bonnes grimpettes), on en fait notre affaire, et Castellamare, villégiature des riches palermitains, se découvre juste avant la nuit avec une vue imprenable sur le golfe du même nom!
Après une séance Spa, sauna et autres réjouissances, on finit la soirée à la Tonnara, un restaurant visiblement incontournable , cuisine service et accueil impeccablement orchestrés par la sosie de keira knightley, ou presque…
Le Luxmari Hotel & Spa où nous logeons est un « Boutique hôtel » ou tout est nickel, le personnel aimable et serviable mais ou tout manque de chaleur humaine. Décidément, rien ne vaut une chambre chez l’habitant !

Dimanche 10décembre
RV5.20 Castellamare del Golfo – Palerme (63 km – 873D+ – 4h16)

La dernière étape d’une randovélo est toujours un moment particulier, c’est la seule où les kilomètres s’écoulent trop vite, où les paysages sont trop beaux et les vélos trop légers.

Rejoindre Palerme sous le soleil !

Alors au prochain carrefour, on prend la bonne direction, on profite une dernière fois des paysages, on se fait un peu peur avec la pluie et les chiens patous (tiens ça faisait longtemps!), mais rien n’y fait.

Montelepre. Un cheval, ça monte plus vite qu’un vélo !

Encore quelques montées, les paysages font penser aux Corbières, entre deux montagnes on aperçoit quelquefois la mer, on emprunte une route interdite aux cyclistes, interdiction qui nous laisse perplexe surtout que le revêtement est nickel les automobilistes rares. Quelques kilomètres de descente suffisent pour comprendre que le vent en est sûrement la cause.

Plus que quelques kilomètres dans un paysage d’incendies.

Le voyage se termine, on retrouve Palerme par ses cités un peu glauques et sa circulation anarchique. Spritz et crème glacée dans le quartier branché étudiant nous consolent de ce voyage qui se termine déjà ! Et le petit restaurant gastronomique isolé au fond d’une ruelle ( le Scjabaca) nous offre notre plus belle expérience gastronomique du séjour !

Et pour demain, shopping en attendant le départ du bateau.


La lumière s’éteint déjà…
… et une seule envie, remettre ça !

Pour la dernière soirée, on ne s’est pas laissé abattre ! Après 1226 kilomètres et 13700 mètres de dénivelé, le thon rouge en deux cuissons nous a bien consolé et le vin (un Etna bianco) qui l’accompagnait, aussi!

Duomo, Spritz et gelati…

En attendant d’embarquer, une petite visite de la capitale s’impose ! Les églises, on a fait le tour, donc on commence par le Teatro Massimo, lieu mythique du tournage du Parrain III. Marion est toute en émotions à peine contenues de se trouver dans un décor de cinéma. Il est possible de privatiser le théâtre pour une petite soirée entre amis mais j’ai oublié de demander le tarif !

La gastronomie, l’autre grand sujet !

Sortir des quartiers touristiques est impératif pour éviter de se faire apostropher à chaque coin de rue par les vendeurs ambulants et les garçons de café.
Et le mercato Di Capo est le lieu idéal pour se faire apostropher par… les vendeurs ambulants et les restaurants improvisés de cuccina (cuisines dans la rue). Ici, c’est simple, tu t’assoies, on te sert des plats préparés devant toi, au moment, c’est délicieux et la rue t’offre le spectacle pendant le repas.

Mafia et religion, deux thèmes omniprésents dans la rue !

Puis un dernier tour dans les ruelles un peu populaires… où les Vespa « eletricco » remplacent peu à peu les 2 roues pétaradantes. Le street-art nous accompagne pour le meilleur… et pour le pire aussi ! Passage obligé, « il muro della legalità » où sont peints les portrait des personnalités assassinées par Cosa Nostra.

Palerme, populaire et culturelle.

À ce sujet, le café de notre petit déjeuner exposait des photos de Lætitia Battaglia, photographe assassinée de la vie palermitaine et des crimes mafieux.
Retour au voyage, avec la GNV, on n’est pas au bout de nos surprises. Notre ferry est un vieux clou qui, espérons-le, flotte encore. La fraîcheur du repas servi n’est pas ce qui se remarque le plus, au point qu’on se demande si la gastro ne va pas nous emporter avant que le bateau ne coule.

Sur le rafiot de la GNV.

Pour le Spritz, le verre n’est pas assez grand pour la dose d’eau gazeuse. Résultat, c’est du costaud !!! C’est la première fois que je lis les consignes pour enfiler un gilet de sauvetage. Adieu à tous et merci de nous avoir suivis ! Eh, les enfants, on vous aime!


Gênes, terminus, tout le monde descend !
On a réussi à nager jusqu’à la côte…

«  Les siciliens mangent comme s’ils devaient mourir demain… et construisent comme s’ils ne devaient jamais mourir ». La GNV, c’est le contraire !
On n’a pas eu à rejouer la grande scène du Titanic. Et si je tiens toujours la porte à Marion, c’est juste pour qu’elle ne se la prenne pas dans la figure !

C’est un incendie à bord qui a obligé la GNV à nous changer de bateau. Pas facile d’avoir l’info mais Marion est perspicace (on peut dire aussi têtue…). On tente de tuer le temps en faisant des parties de 10000 ! Ils la jouent à pile ou face, on peut bien la faire aux dés !
Bref, c’est en mauvais état, c’est sale et le personnel de cabine est à jeter par dessus bord. Exit le bon restaurant de l’aller, on a juste droit à du mauvais snack digne des pires cantines scolaires de ma jeunesse.

Il nous reste encore un nuit à Gênes pour rattraper cette fin en queue de poisson (thon ou sirène?)! Bon, l’arrivée à Gênes sous un petit crachin, on s’en serait passé. Et Maps qui veut nous faire prendre soit l’autoroute, soit des escaliers pour rejoindre notre B&B à vélo! Pour le repas du soir, la pizza médiocre en met un coup à la réputation gastronomique italienne ! On ne gardera que les bons moments, donc…


RV5 Les BoB’s d’or.
Nos coups de cœur pour la Sicile.

BoB d’or du meilleur B&B au Mirabilia Arabe House à Mazara.
BoB d’or du meilleur accueil à Santinia, pour le Finestra sul cortile à Sciacca.
BoB de la meilleure colazione ex-aequo, la Villa Giuliana à Licata et le B&B suite Cutelli à Catane.
BoB d’or du meilleur restaurant au Scjabaca à Palerme.
BoB d’or de la meilleure gelati à Gelati Bianca de Syracuse.
BoB du meilleur Cannolo au Gustibus de Taormine.
BoB d’or de la plus jolie ville à Taormine.
BoB d’or de la ville la plus vivante à Palerme, animée et accueillante.
BoB spécial à « Massimo » (on n’a jamais su son prénom, désolé) du Rifugio Il Ginepro del Etna, pour son accueil, sa disponibilité, son dévouement à nous trouver de l’eau chaude et à s’inquiéter au point de venir à notre rencontre lors de notre descente à vélo dans les neiges de l’Etna…

… Ainsi qu’aux automobilistes siciliens, qui malgré les à priori sont vraiment respectueux des cyclistes. Et un grand merci à vous tous qui nous avez suivi et encouragé (vous n’étiez pas loin de 200!!!), on se donne rendez-vous pour la prochaine. Passez de bonnes fêtes de fin d’année, on vous embrasse…