
Sardinian expérience !
C’est ce que promettent tous les B&B branchés, tous les spas et les hôtels de luxe. Mais loin des chemins balisés, des yachts, des plages de sable plus blanc que blanc et des restaurants avec tellement d’étoiles qu’on croirait la voie lactée, c’est encore à coups de pédales qu’on va découvrir cette grande île et ses habitants.
Le chat a sa baby-sitter (merci à Prune), les petits bateaux jaunes de Corsica Ferries nous attendent pour 17 heures de traversée, Marion parle italien “perfettamente”, les hébergements sont réservés pour les 19 étapes. Équipés et entraînés comme des pros, on est partis pour pas loin de 1200 kilomètres de montées (près de 13000 mètres de D+), de descentes, de vent, de soleil (beaucoup), de pluie (pas trop !) sur les routes et chemins sardes.
Sardinian expérience? On est impatient !
Dimanche 20 novembre.
Journée zéro, zéro kilomètre, zéro dénivelé !
Une nuit sur le bateau.
Un an qu’on attend ce moment, un an que la Sardaigne nous fait de l’œil, alors on savoure chaque instant du voyage.

La petite pause à Marseille, visite des ruelles du Cours Julien et ses graphs plus ou moins réussis, resto chez Yasmina avec Diego sur le même cours Julien pour goûter des Chich-taouk, tout ça en terrasse et sous un beau soleil, puis direction Toulon et le port pour quelques formalités.
Il y a toujours un temps d’attente entre l’arrivée et l’embarquement et pour ne pas encombrer la salle d’embarquement avec nos montures, on décide d’attendre à l’extérieur. On est alors abordés par plein de gens plus sympathiques les uns que les autres et l’on se dit que vraiment, la Sardaigne est une destination bien agréable. On se rend vite compte qu’avec nos gilets jaune fluo, on est habillés comme les dockers de Corsica Ferries et qu’on tient là un moyen infaillible de faire des rencontres. À méditer…

Une fois les vélos à fond de cale et la cabine occupée (pour Marion, c’est toujours le grand déballage de fringues, je met ça ou ça…?), c’est déjà l’heure de l’apéro et des premiers Spritz et bière à la châtaigne, et le restaurant du ferry, plutôt correct (tournedos et Chianti pour Marion, cabillaud et Patrimonio blanc pour moi).

Pour demain, une courte étape (58km, 780m D+) nous attends mais avec du vent et peut être de la pluie. À voir… De toute façon, tout le long du voyage, on aura un œil rivé sur les prévisions de meteo.it (« le previsioni del tempo in Italia » disent-ils, aussi fiables que celles de Météo-France, on ne pouffe pas…).
Lundi 21 novembre.
RV 4.1 Porto Torres – Trinita d’Agultu e Vignola (69km, 876D+, 3h53)
Soleil, vent, chaleur et… Orage.
Mer et nuit agitées sur le Mega Smeralda de Corsica e Sardinia Ferries. À l’arrivée, pas de retard et ça tombe bien parce qu’on a 58 (en fait 69) kilomètres à faire avec presque 800 (au final 900) mètres de dénivelé. Il est déjà midi passé et la nuit tombe, s’il fait beau, vers 17 heures. À peine 5 heures, pause repas et pipis comprises, on ne va pas profiter de la plage aujourd’hui…

Du coup, on démarre l’étape avec des cernes sous les yeux, j’ai une forme erratique et la nausée (Marion toujours devant, c’est un signe!). Heureusement la pluie prévue n’est pas au rendez vous (enfin pas tout de suite) et on a le vent dans le dos, ça aide. Jusqu’à Castelsardo, joli village perché sur un promontoire au bord de la mer, tout va bien, les plages sont belles, on rencontre même quelques pistes cyclables et on a du soleil, raisonnablement.

Le reste de la journée se résume à une erreur d’itinéraire (+10 km sous la pluie) un orage (trempés jusqu’aux os), un coup d’hypoglycémie et 9 kilomètres de montée de nuit, de Badesi à l’arrivée. Du coup, soirée séchage, on mobilise toutes les ressources de la chambre (Hôtel Da Paolino), cintres, tringles à rideaux, radiateurs et autres sèche-serviettes !
Juste un petit mot sur le resto (Trattoria Da Paolino) du soir. Cadre suranné, 3 clients (dont nous) mais une cuisine locale ultra goûteuse et copieuse. Moi qui croyais savoir ce qu’était la ricotta…

Mardi 22 novembre.
RV4.2 Trinita d’Agultu e Vignola – Palau (71 km, 766D+, 3h34)
Du vent, du vent et encore plus de vent…
80 km/h et plus en rafale annoncés par météo Sardaigne, vu l’état de la mer, on veut bien les croire. Et plus de 20km/h de moyenne, ça ne trompe pas !

On aura tout eu ou presque.Vent de dos (facile), de travers (moins facile), et de face, mais ça on n’a pas eu sinon on reculait. Nous voilà au guidon de nos VAE (vélo à assistance éolienne) où l’on avait pas la maîtrise de toutes les trajectoires. C’est l’anticipation qui nous a tenu sur les roues (regarder le haut des arbres, les feuilles qui volent sur la chaussée) mais pas toujours sur la route. On s’est fait de belles frayeurs au passage des voitures (Marion à terre, pas drôle!!!) sur une route fréquentée (on n’avait pas le choix !), beaucoup d’arrêts pour détendre les bras et les épaules et se remettre de nos émotions, un repas expédié sur la place de San Teresa, et pour finir 20 kilomètres de descente, vent dans le dos vers Palau.

À ce régime, les paysages n’ont pas beaucoup compté sauf en début d’étape où l’on se serait cru dans les calanques de Piana.

Au petit jeu de la gamelle, Marion me devance alors que je gagne haut la main pour les incursions dans le bas côté.
Heureusement, l’accueil à la « Casa Marianghela » était à la hauteur de nos souffrances du jour, un petit bémol pour la salle de bains. Mais dans quel cerveau vicié a germé l’idée, un jour, de fabriquer une cuvette de toilette couleur « caca » ?
Le ristorante de Porticciolo est un régal. Au menu, spaghettis a la vonghole, une découverte à la hauteur de sa réputation et seadas con miele, de belles ravioles frites farcies de fromage frais et arrosées de miel, un régal !

Mercredi 23 novembre.
RV4.3 Palau – San Teodoro (Franculacciu en fait), (84km, 785D+, 5h07)
84 kilomètres ? t’as qu’à faire attention quand tu prépares les étapes !
On n’avait pas prévu une si longue étape, mais une petite erreur dans la localisation de l’hébergement et… bingo, plus 12 kilomètres. Bon, à l’arrivée, la chambre (et le lieu) sont magnifiques. On avait dit des petites étapes, c’est vrai ! Sans rancune Marion ?
Au réveil, cette dernière ne sait déjà plus quel jour on est, les vacances ont commencé ! Après un petit déjeuner comme à la maison face aux îles Magdalena (« comme à la casa » m’a dit Marion , dont l’italien s’affirme de jour en jour…) nous partons de Palau sous le soleil. Après le vent et la pluie d’hier, on en savoure chaque rayon.

Pour aujourd’hui, du soleil donc, et les îles Maddalena, « place to be » de la jet-set mondiale qui ne se déplace qu’en yacht-people (le pendant chic des boat-people) et voiture de luxe. En longeant le bord de mer, on croise des villas plus cossues les une que les autres et certaines rivalisent de mauvais goût, voire d’un mauvais goût certain (des toilettes couleur caca?)
Après une montée éprouvante, nous croisons San Pantaléon. Une ambiance de western dans un village occupé surtout par des boutiques d’artisanat. Tourisme, quand tu nous tiens !

La descente sur Olbia, première grande ville qu’on traverse, sont des kilomètres facile (dans notre lexique intime, on dit des kilomètres gratuits) mais l’arrivée sous la pluie et dans le trafic le sont moins, surtout quand on s’aperçoit que la moitié des automobilistes sont à la fois au volant et au téléphone. Pour se remettre de ces émotions et surtout remplacer ses chaussures de ville qui prennent l’eau (Comme je tire la remorque, le deal est : « Une paire achetée, une paire jetée ! »), Marion s’est payé une paire de chaussures chez Pittarello!, LE temple de la pompe cheap et mauvais goût (si si, allez voir www.pittarello.com).

On pique nique dans un charmant parc avec coins discrets pour faire pipi (toujours le coté pratique), sous les chênes liège d’Olbia. Et la récompense est au bout de ce long calvaire humide et pentu, dans cet Agriturismo du bout du monde, Tenuta Le Terre 1927.

Soirée très agréable au restaurant du Tenuta, avec un repas à l’italienne. Il faut s’arrêter sur les repas, en tout cas ici, en Sardaigne. Antipasti, primi piatti, secondi piatti, contorno, formaggio e dolceti. L’antipasti, c’est une sorte de tapas géant qui se mange avant les pâtes. Primi piatti, souvent des pâtes donc, mais pas toujours. Secondi piatti, le plat de résistance accompagné de ses contorno. Et enfin fromages et desserts, si vous n’êtes pas déjà sous la table. Et tout est bon ! Et c’est terrible de ne pas finir son assiette ! Et le vin est excellent aussi. On est aux anges et on a fait le plein de forces pour la prochaine étape, Orosei et ses plages. Pour un premier bain de mer, Marion ?

Jeudi 24 novembre.
RV 4.4 Franculacciu – Orosei (66 km, 395D+, 3h42)
Une vraie journée de vacances.
Donc réveil de bonne humeur, et avec le soleil en prime. Ça promet une belle journée, on va longer la côte, trouver des petites cala (une cala, c’est une crique, NDLR) pour manger. Et peut-être se baigner !
Et puis, 66 kilomètres, ça nous fait un peu rire maintenant…
Mais d’abord, on va se restaurer, prendre quelques forces. Un petit déjeuner pareil, on n’en avait pas croisé depuis longtemps et on n’est pas sûrs d’en retrouver un de sitôt. Du café, du thé, du chocolat chaud, des jus de fruits, des fruits en pagaille, des pains de toutes sortes, du beurre et des confitures et surtout des pâtisseries sardes en veux-tu, en voilà… Il a fallut se raisonner pour ne pas se gaver !

Cette météo, grand soleil, pas de vent et 25°C, c’est un peu les tropiques ! Les routes sont très peu fréquentées, et les rares montées, même si elles sont quelquefois un peu raides, se passent sans problème. Le plus long, ce sont ces lignes droites de plusieurs kilomètres sans croiser ni voitures ni chèvres.

Cala Cunepro (pas très glamour, ce nom, pour un endroit aussi beau) sera notre moment plage et baignade, finalement la seule de ce voyage.

Chaleur, sable blanc, mer turquoise, on se croirait aux Antilles, ne manquent que les palmiers ! On s’y baigne, on y pique-nique et on y fait la sieste. Bon, la baignade n’a pas duré longtemps, l’eau à 15/16°C, c’est assez vivifiant…

Arrivés à Orosei vers 15h30, on pensait avoir le temps d’un tour dans la citta storica. Notre hôte est arrivé 1 heure après (on l’attend autour d’une petite bière locale) et le temps de se faire une beauté, la nuit était tombé.

La balade en ville s’est donc faite à la lumière des réverbères, le temps d’un Spritz au « Yesterday », le bar étudiant branché d’Orosei. Ambiance joyeuse et déconnante. Sur les conseils de notre hôte, on part à la recherche de Mario, qui cuisine, parait-il les meilleures pâtes du coin. On atterri finalement chez Antonio (Mario était fermé!), qui fait les même pâtes, mais en beaucoup moins bien !

Breaking news 21H45 : dans la chambre, la clim, pas très réversible soit dit en passant, fait un bruit de vieux Latécoère au décollage. Moralité, soit on coupe et on a froid, soit on ne dort pas. Ça promet pour la nuit.
Vendredi 25 novembre.
RV4.5 Orosei – Urzulei (55kms, 1124D+, 4h18)
La “balade” des gens heureux…
Attablés dans le café pizzeria bondé d’Urzulei, en pleine montagne Sarde, devant un match de foot, c’est le mot qu’a utilisé Marion pour décrire l’étape du jour, une “balade” !?! Une balade de 53 kilomètres (sur le papier, ça ne tombe jamais juste, il faut toujours que ça en rajoute. Je ne comprends pas…), dont 40 de montée d’une seule traite, plus de 1100 mètres de dénivelé. Certes, la météo s’était un peu trompée, on a eu du beau temps et pas de vent, mais quelle escalade !

Les carrières de marbre d’Orosei au début de la grimpette sont l’occasion d’un arrêt photo et de changement de tenue. Il fait aussi chaud que la veille et la montée nous fait tomber des gouttes.

La SS125 Orientale (Strada Statale 125 Est) est un billard récemment restauré et très peu fréquenté, concurrencé par l’autoroute. Un rêve de cycliste. D’une manière générale, les Sardes sont très respectueux sur la route, toujours prêts à rendre service ou à vous indiquer la bonne direction. Aux antipodes de bien des à priori.



À mi-pente, nous traversons sous la montagne pour une vue imprenable sur la Cala de Gonone, mais pour voir cette crique de plus près c’est une descente (à remonter donc) de 450 mètres en 5 kilomètres qu’on laisse aux sportifs.

Le froid (12°C, comparé aux 25°C en bas) nous surprend à l’arrivée au col à 1017 mètres, ainsi que le paysage du Canyon de Gorropu, un des plus profond d’Europe. Séance rhabillage donc avant les 15 derniers kilomètres en descente, de celles qu’on aimerait pas monter, et les désormais habituels Spritz et bière !

On finit la journée au bar pizzeria local (accueil toujours aussi chaleureux quand une femme entre dans un bar, Marion vit là un grand moment de solitude…) devant un match de coupe du monde, mais sans enjeu pour nos amis Italiens, l’ambiance n’y est pas… Mais les pizzas sont excellentes !

Samedi 26 novembre.
RV4.6 Urzulei – Jerzu (65 km, 884D+, 4h07)
Départ pluvieux, apéro… On dirait l’Islande
On se réveille au son de la pluie et du vent, de ces matins où l’on rêve de couette chaude et café au lit (plutôt Marion d’ailleurs). Mais Jerzu nous attend, impossible de différer.

Le démarrage est donc un peu arrosé mais pas pour très longtemps et le vent nous pousse en descente, ce qui adoucit notre peine. On se retrouve vite en bord de mer, et même si les conditions ne sont pas idéale, Marion tente le tout pour le tout… Rien ne l’arrête !

On mange nos « Coccoiprenas », ces petits chaussons en forme d’étoile farcis de fromage et de pommes de terre dans un paysage de cactus et de roches rouges, un petit décor de western !

La montée vers Jerzu n’est pas des plus faciles, la journée d’hier ayant laissé quelques traces.
Et on découvre Jerzu, petite ville à flanc de montagne boisée, qui ressemble beaucoup aux paysages de l’arrière pays Languedocien, Jerzu, 10 bornes de montée, de sueur et de fesses douloureuses…

Mais d’abord, le vin! Une AOP, ici c’est une DOC (Denominazione di Origine Controllata) le Cannonau, aromatique et charpentée, de celles qui vous empêchent de rentrer droit à la maison. Dans les derniers kilomètres de la montée, de grandes affiches nous apprennent qu’a lieu tous les ans un festival autour du vin, ce fameux Cannonau. Le paysage de vignes et la monumentale coopérative (la Cantina) confirme qu’ici, la richesse c’est le raisin ! L’accueil de Valentina, exubérante et chaleureuse hôte pour aujourd’hui et le repas préparé par ses soins, spécialités et vin Sardes nous font vite oublier les peines et les douleurs de la journée.

Mais avant, on décide de faire un petit tour en ville, histoire d’humer l’air du lieu. On se laisse faire et Da Zia Titina nous fait signe d’entrer ! Da Zia Titina, le bar des habitués Sardes.Da Zia Titina, c’est une ambiance d’amitié et de chaleur humaine. Ici, tout le monde est le bienvenu, femmes, hommes, vieux, jeunes, et Susanna maîtrise ce petit monde d’une parole ferme mais bienveillante. On n’y comprend pas grand-chose, tout le monde parle sarde, sauf qu’ici chacun a un rôle. La « Comedia del arte » se joue devant nous, l’amateur d’harmonica qui ponctue ses phrases de quelques notes, le Sénateur (c’est le surnom qu’on lui a donné!) beau parleur à la voix grave et qui a tenu à faire un discours en l’honneur des « francese », et l’alcoolique qui cache son péché mignon dans une bouteille… de Coca, le premier à offrir des canons mais qui les paye rarement.

La tradition veut que si une personne s’attable pour la première fois, tous les habitués présents lui paient un verre. Le problème, c’est qu’entre chaque tournée, de nouveaux habitués entraient. Et quand on a voulu payer notre tournée, c’était hors de question. Bref, Valentina a bien failli ne pas nous revoir, et la France non plus… Entre Gianni, Gino, Susanna, le Cannonau et les pizzetas!
De retour chez Valentina, l’assiette de spécialités sarde qui nous attendait a conclut une soirée qui, pas besoin de le dire, va nous tenir le cœur au chaud pour longtemps.
Dimanche 27 novembre.
RV4.7 Jerzu – Torre Salinas (67 km, 271D+, 3h45)
Journée de transition.
Après Jerzu, son apéro un peu fou, ses spécialités sardes et une nuit de repos, nous voilà partis pour 60 kilomètres en pente douce pour rejoindre l’Agriturismo Dolce Luna, au dessus de Torre Salinas.
De la descente, le vent dans le dos, on ne donne le premier coup de pédale qu’au bout de 10 kilomètres et on en fera 30 sans rencontrer personne. Cette campagne est un désert, peuplé de chèvres et de brebis.

On se ravitaille pour le repas du soir à Tertenia, pâtes fraîches dans une boutique fraîchement ouverte (La boutique della pasta), où l’on fait encore une fois l’expérience de la générosité locale (c’est vrai, comment bien choisir des pâtes si on ne les goûte pas!), des fruits, du fromages et du vin.
Après Muravera, le mistrale (prononcer mistralé) a attiré les kitesurfeurs en nombre. On profite d’arriver très tôt (étape courte, pas de dénivelé et vent dans le dos, 20km/h de moyenne…) pour prendre le temps d’une sieste à la plage et au soleil. On se dit que déjà, la journée de repos est une réussite.

On abuse du confort moderne de cet Agriturismo pour déballer entièrement Bob, faire des lessives (pas du luxe après une semaine de route), prendre une douche et faire une reconnaissance pour le repas de demain. Pour ce soir, après l’inévitable Spritz apéritif, on se régale de nos lasagnes artisanales, de fromages et de vins locaux

Lundi 28 novembre.
Journée de repos, mais pas sans rien faire.
Première pause dans notre périple sarde on profite d’une matinée relativement grasse pour d’abord se reposer.


La ronde des lessives continue, les vêtements sèchent un peu partout dans la maison, on en profite aussi pour entretenir les mécaniques, braves petites reines qui supportent sans broncher (mais pas toujours sans couiner) nos petites aventures. On profite d’un temps encore clément pour une petite balade digestive vers Torre Salinas. La Torre, perchée sur un promontoire, est une grosse déception, elle est en béton. On finit sur la plage entre les flaques et les kayaks de mer abandonnés !

Le reste de la journée se passe au ravitaillement du lendemain, les infusions et la lecture…Cool !

En attendant les spaghettis a la vonghole du soir, dans un restaurant de plage ouvert (incroyable, on a croisé personne de la journée hormis la caissière de la supérette) où nous étions les seuls clients… Et la grosse étape de demain qui nous amènera aux portes de Cagliari.
Mardi 29 novembre.
RV4.8 Torre Salinas – Quartu Sant’ Elena (71 km, 853D+, 4h25)
Au neuvième jour…
Des orages, des éclairs, des bourrasques, de la pluie, la nuit a été bien agitée. Et le ciel au matin ne présage rien de bon.

On se prépare à une étape sous la pluie donc, puis… À une heure du départ, une accalmie nous précipite sur la route. Le souvenir d’une fameuse étape corse est dans nos mémoires et l’on se prépare à une journée d’autant plus éprouvante que l’étape est longue. Finalement, ça ne sera pas si terrible, malgré quelques averses, des coups de vent et des montagnes russes qui font bien mal aux jambes.

L’arrivée dans la proche banlieue de Cagliari nous conforte dans notre idée de ne pas traverser cette capitale régionale mais plutôt de la contourner. Nous croisons beaucoup trop de voitures, et le ciel qui devient de plus en plus menaçant fait tomber la nuit plus vite. Ce sera la deuxième étape que nous finissons avec les éclairages. La seule embellie de la journée sera ce pique-nique ensoleillé en bord de mer.

Nous arrivons chez Renzo juste avant la grosse averse, « B&B gallery » comme le mentionne les prospectus et ce n’est pas Renzo qui nous accueille mais sa Mama (c’est du moins ce qu’on se dit !). L’artiste doit être en plein processus de création…

Avant de retrouver l’immanquable Spritz, une petite promenade vers la plage de Quartu Sant’ Elena, plage de (très) gros galets ou s’allonger relève plus du yoga que du farniente, nous amène jusqu’au port de plaisance (Capitana) bercés par le cliquetis des gréements.
Il n’y a pas beaucoup d’endroits où manger dans cette banlieue un peu sordide mais la pizzeria indiquée par la Mama vaut bien trois étoiles, comme les trois pizzas que nous engloutissons à deux. On finit le repas par des cafés, et même le déca que j’avale d’un trait (un ristretto, c’est à dire un dé à coudre) a des vertus excitantes.
Mercredi 30 novembre.
RV4.9 Quartu Sant’ Elena – La Maddalena (59 km, 229D+, 3h45)
Quand on arrive en ville…
La journée commence par un petit déjeuner d’artiste, il faut dire qu’on a dormi chez Renzo Marco, peintre à ses heures, et pas forcément les meilleures.

Une table géante (3 mètres sur 3) où nous semblons bien perdus. En face de nous, le jeune homme qui déjeune aussi et nous semble l’archétype du bellâtre italien, se révèle être… allemand ! Ah, les a priori…

Les trois pizzas qu’on s’est envoyé à deux hier soir sont passées crème, ils sont trop forts ces italiens. En même temps, les pâtes et les pizzas, c’est un peu la fierté nationale. Si tu les rates… Donc, pendant cette “colazione” la pluie se met à tomber drue ce qui nous mets en stress pour cette journée en ville.

On part quand même sous le soleil, et même si les italiens osent tout avec une voiture ( je pense qu’ils doivent avoir 150 points sur leur permis) on s’en sort bien et on tape la discussion au feu rouge avec les autres cyclistes. Je suis à la recherche de Baume à lèvres (celui au tube vert !). Je me retrouve en possession d’un tube d’Avène, vive la mondialisation.
Je ne sais pas si le style de conduite des sardes déteint sur moi, mais en pleine campagne, je me déporte sur la gauche en plein virage, face à une voiture qui m’évite de justesse. Engueulade avec les mains de la conductrice (pas besoin d’avoir le son pour comprendre) et de Marion, avec la bouche (je jette un voile pudique sur le contenu de la conversation qui s’ensuit…). Tout ça pour une photo !

Après un pique nique en pleine ville et sous le soleil, ce qui nous permet de sécher nos fringues « à la napolitaine », on se retrouve dans une magnifique zone industrielle où l’on se doute qu’ils ne fabriquent pas beaucoup de choses comestibles, rien qu’à l’odeur. Décidément, soit ces zones sont une spécialité Sarde, soit on a le chic pour les mettre sur notre route !
Arrivés à l’étape assez tôt, on en profite pour une balade sur la plage, d’où l’on peut admirer Cagliari qu’on ne visitera pas cette fois ci. “Un autre voyage” dira Marion.

Le B&B Corte Maddalena annonce « Events and hospitality » et nous fait immanquablement penser aux Boutique Hôtels qui fleurissent un peu partout. Si l’accueil est assez impersonnel, nous profitons d’un luxe bien mérité après une journée éprouvante et humide.Et bien sûr un arrêt Spritz et bière dans un bar, le Secret Caffe d’où l’on voit sortir un homme titubant . “Donc, ils servent de l’alcool ici!” sera notre unanime réaction.

Demain, on attaque la remontée vers le nord de l’île, il nous faut des calories. La Miniera del pesce qui jouxte le B&B semble l’endroit idéal, gastronomie et serveurs à l’italienne assumés. Les spaghetti alle vonghole e bottarga font merveille, accompagnées de vermentino de l’île et de notre voisin de table, un golgoth d’au moins deux mètres avec des mains comme des battoirs et une mine patibulaire ! Fous rires assurés quand Marion le surnomme « Le géant vert » et petite inquiétude aussi. Pas sûr qu’il n’ai pas compris notre petit manège !
Jeudi 1er décembre.
RV4.10 La Maddalena – Santa Anna Arresi (75 km, 771D+, 4h33)
La Sardaigne? il ne pleut qu’une fois par jour !
La météo de l’île va-elle entamer notre bonne humeur ? Encore une fois on démarre l’étape par une petite douche, histoire de pédaler humide. Heureusement, passé ce moment désagréable, l’inévitable zone industrielle et l’intense trafic routier, le soleil revient et la journée peut commencer.

« On va arriver à Chia ! » m’a dit Marion au petit déjeuner. « Ce matin, on a bien réussit à…. ! » lui ai-je répondu, au top du raffinement.
Des criques, des montées, des descentes, des nuraghes, puis des criques, des montées des descentes, des torres, puis des criques… derrière chaque virage, il y a une photo à prendre.


Le paysage, le temps au beau fixe et le trafic inexistant, tous les voyants sont au vert. On mange au soleil avec vue sur la mer, Marion finit en soutif pendant la petite sieste, avant que les ennuis ne nous rattrapent.

Une crevaison d’abord, sur la roue arrière, en longeant un camp militaire en pleine manœuvre. C’est tellement plus sympa quand on s’en mets plein les doigts. On fini l’étape en regonflant toute les dix minutes. Et la chambre enfin (Gli Ulivi, oubliez ce nom!), avec vue imprenable sur…la Strada 195, hyper fréquentée, une décoration de M…, le lit (à faire soit-même!?!?) avec vue sur la cuvette des toilettes ( sans lunettes d’ailleurs les toilettes, ce qui vu leur âge est plutôt rare) des équipements inexistants, un ballon d’eau « chaude » trop petit pour deux douches, une clim asthmatique d’un autre âge, un wifi poussif et notre hôte qui tente de nous la faire à l’envers en nous proposant d’annuler Booking et de lui payer en direct, sans aucune certitude de remboursement par la protéiforme plateforme. Pour lui, le surnom est vite trouvé : Toni l’embrouille !

Comme, malgré tous nos messages, il ne nous avait pas renseigné sur les possibilités de restauration, là encore c’est DIY ! On se trouve un resto de bord de route avec la salle pour nous seuls mais trop content de trouver un endroit ouvert (à ce sujet, il faudra m’expliquer le sens de “Aperto” et de “Chiuso”, je ne suis pas sur d’avoir saisi). Un resto un peu glauque, avec son “Déjeuner sur l’herbe” que le peintre avait du fumer d’ailleurs, mais la cuisine est correcte et le patron fait ce qu’il peut pour mettre l’ambiance (Queen, Bohemian Rhapsody!) qui va faire grimper Marion dans les tours. On rentre à la chambre dans la nuit noir en essayant de rester vivant, le long de cette route fréquentée
Vendredi 2 décembre.
RV4.11 Santa Anna Arresi – Sant’Antioco (64 km, 497D+, 4h12)
Une journée de contrastes.
Hier soir, au restaurant, le patron nous a affirmé qu’il ne pleuvrait pas les deux jours suivant. On a très très envie de le croire.
Après un petit déjeuner on ne peut plus frugal, un café et deux croissant chacun, pris sur le lit faute de table, et une nuit hachée menu par le vrombissement de la clim, c’est le départ pour l’île de Sant’Antioco.

Les vingt premiers kilomètres sont sans grand intérêt, on parcourt une plaine maraîchère, des champs d’artichauts à perte de vue. Ça s’anime un peu sur la lagune qu’emprunte la plus belle piste cyclable jamais vue.

Un petit détour par la ville de Sant’Antioco (on la reverra en fin de journée) histoire de se ravitailler pour le pique-nique et c’est parti pour le tour de l’île.
Les orages d’il y a quelques jours ont laissé des traces et nous obligent à des passages à gué improvisés. Même si le dénivelé total paraît ridicule, on a droit à quelques raidillons qui frôlent les 30 % qui nous font mettre pied à terre.

On pique-nique dans un endroit incroyable, des falaises qui tombent à pic dans la mer, les Scogliera de Macoti. Un des plus beaux panorama de l’île. Aucun garde-fou ne protège de la chute, aucun panneau pour prévenir du danger, c’est le lieu idéal pour laisser les enfants jouer sans surveillance.

Jusqu’à Calasetta, les paysages de la côte sont magnifiques mais l’on n’y croise personne. Et pour cause, c’est le royaume des résidences secondaires, désertées à cette époque de l’année. Retour à Sant’Antioco pour faire la connaissance de Giovanna, maîtresse de maison affable du « Tre Chiocciole » (les « trois escargots »), notre toit pour la nuit.

C’est si cosy, accueillant et chaleureux qu’on en oublie complètement la nuit précédente. Comme partout, à cette époque de l’année, le choix de restaurant est plutôt limité ! Entre deux trattoria, on choisit de dîner avec les mouches, accompagnés d’une musique de M…. Marion ne finit pas son assiette de spaghetti au homard (crustacé = danger en cas de faible fréquentation !), on libère rapidement l’équipe pour terminer la soirée dans un bar de jeunes plus animé, autour d’un excellent verre de vin
Samedi 3 décembre.
RV4.12 Sant’Antioco – Portixeddu (74 km, 959D+, 5h10)
La leçon de spaghettis !
Revenons sur la soirée d’hier, au restaurant. Cette légende selon laquelle les Italiens, et donc les Sardes mangent leurs spaghettis sans redécorer leur table, j’ai voulu la vérifier et faire la même chose. Donc, ce n’est pas une légende ! Et c’est toujours techniquement parfaitement exécuté. D’abord prendre avec la fourchette une quantité raisonnable de pâtes et les séparer du reste de l’assiette en levant la fourchette. Puis reposer le tout et tourner en tenant le couvert verticalement. Relever la fourchette et là c’est magique, pas un spaghetti qui dépasse. Il doit y avoir quelque chose de l’ordre de la génétique, parce qu’on a eu beau essayer…

On reprend la piste cyclable de la lagune pour s’échapper de Sant’Antioco sous le soleil (« contre toute attente » aurait dit Léa, au vu des gros nuages gris de la veille). Puis on file en direction de Portoscuso en n’oubliant pas de traverser la zone industrielle du jour

À partir de là, les paysages de garrigue, de lande à brebis et d’oliviers multi-centenaire se succèdent, avant de rejoindre la côte et des criques plus belles les unes que les autres. Celle qu’on trouve pour le pique-nique du jour donne plus envie de se baigner que de se restaurer !

Las, la météo n’annonçait pas une si belle journée et nos maillots sont au fond des sacs. Et pas question de se baigner à poil avec le défilé de motards sur la route qui nous surplombe
D’ailleurs, tout baigne jusqu’à la route de la mort.

Presque une heure pour faire ces trois kilomètres de montée infernale à 12 ou 13 %, Marion cale plusieurs fois et je suis obligé de tirer des bords pour emmener les 35 kg de Bob et me faire une raison à 200 mètres du sommet : Je m’incline (c’est le mot juste, ça penche!), je dois finir à pied… Pour se retrouver sur la plage de Portixeddu et profiter du coucher de soleil, après une gamelle digne d’un enfant de 5 ans qui apprend à faire du vélo. Mercurochrome et couture en vue pour ce soir…

Un dernier raidillon pour découvrir un hôtel aux normes de confort du siècle dernier. Le restaurant de l’Agriturismo est fermé, la déco date des années 70, la clim qui aurait dû chauffer la chambre aussi, mais la vue sur la baie de Portixeddu est magnifique. On se concocte un apéro et repas DIY avec les moyens du bord et les restes de midi. Et de la musique aussi, comme à la maison!
Dimanche 4 décembre.
RV4.13 Portixeddu – Marccedi (65 km, 1139D+, 4h49)
Un dimanche à la campagne… et entre les gouttes.
La nuit est agitée chez Pater Sardus, notre hôtel un peu borgne perdu dans la montagne. Des orages violents et beaucoup de pluie. C’est de bien mauvaise augure pour l’étape du jour au dénivelé tout à fait respectable.

Au petit matin, il pleut toujours beaucoup et on se demande s’il ne serait pas plus prudent de trouver un moyen de transport. Miracle, une heure avant le départ la pluie cesse. C’est bien, mais on ne sait pas dans quel état seront les routes. Humides, c’est clair, quelques coulées de cailloux et de boue, mais ça passe.
Au moment de partir, le ciel est toujours menaçant mais des coins de bleu font leur apparition.
Et la météo s’améliore d’heures en heures. Après 6 kilomètres de montée et à 500 mètres d’altitude, le Passo Bidderdi (un passo, c’est un col) nous voit enfin quitter les vêtements de pluie.

Jusqu’à Arbus, on ne croise personne, sauf quelques troupeaux de chèvres. Un désert vert! Entre Arbus et Montevecchio, on chemine sur une crête et la vue sur la plaine de Terralba est vertigineuse : on a là nos deux prochaines étapes sous les yeux !Juste après l’imposant (et un peu sinistre) village minier abandonné de Montevecchio, on se trouve un coin pique nique dans un décor de western (beaucoup de western spaghetti on été tourné en Sardaigne), dérangés seulement par les aboiements des chiens de chasse et les amateurs de moto-cross.

Le monde rural aurait-il partout les mêmes distractions bruyantes et destructrices ?
Il ne nous reste plus que quelques kilomètres de montagnes russes sur une route au revêtement douteux et c’est l’arrivée en vue de Marccedi.

Le franchissement de la lagune qui nous sépare du village se fait par une étroite digue de 500 mètres (ou alors un détour de 20 kilomètres, non merci!) où deux grosses voitures ne peuvent pas se croiser. Aucun feu ne régule la circulation, ce qui impose aux conducteurs des négociations animées et serrées (les italiens et le langage des mains…) et des séances de marche arrière périlleuses. À vélo, ça passe tout seul et on va pouvoir profiter du coucher de soleil sur la lagune de Marccedi.

Notre B&B du jour est une authentique cabane de pêcheur, héritage familial laissé « dans son jus », avec vue imprenable sur la mer (on doit être à zéro mètre d’altitude, s’il pleut un peu, on a les pieds dans l’eau !), aménagée de meubles chinés et remplie d’objets aussi hétéroclites qu’inutiles (qui a dit que le beau est inutile?). Et Michele, la propriétaire, est adorable !
On se régale de poissons grillés ou frits, accompagné d’un vermentino parfumé et rafraîchissant à la Vecchia Scuola, trattoria pleine à craquer dans une ambiance familiale et bon enfant.
Un petit commentaire un peu politique pour finir. Ici, l’OTAN (comprendre l’armée US) fait sa loi. Elle a installé une base de surveillance et pour ne pas troubler ses gros radars, a interdit l’usage du wifi et de la 4G un bon kilomètre autour de la base. Donc, pas de connexion de données dans la zone et l’usage des téléphones mobiles en mode dégradé !
Lundi 5 décembre.
RV4.14 Marccedi – San Salvador di Sinnis (47 km, 52D+, 3h18)
42 km et 42 m de dénivelé ! Pour aujourd’hui, « basta cosi ».
Ce matin, nous partons de Marccedi sous le soleil, ce qui n’est pas si courant en ce moment. D’un village de pêcheurs à un décor de western, la motivation est suffisante ! Une étape qui commence au carré. Le tracé des routes est au cordeau, en fait elles suivent les canaux d’assainissement qui drainent la lagune. En altitude, on ne dépasse pas 4 mètres.

Un vieux Sarde à vélo nous indique des blockhaus d’une ligne de défense de la seconde guerre qui n’ont visiblement pas beaucoup servis. On arrive en vue d’Oristano par la zone portuaire, une route bien moins fréquentée que la route classique. Et puis, que serait une journée sans traverser une zone industrielle ?

On profite d’une placette en plein centre ville pour manger à l’ombre d’un ficus majestueux. D’Oristano a San Salvador, la route passe au milieu des étangs lagunaires de la baie d’Oristano. Tout arrêt, même le temps d’un pipi est immédiatement sanctionné par une attaque en règle de dizaines de moustiques affamés. Pas besoin de préciser qu’on ne s’y attardera pas (sauf quelques photos, pour l’album…)
L’arrivée à San Salvador di Sinnis nous laisse pantois et les yeux écarquillés ! Nous voilà, en 2021, transporté dans un décor de western, sans voiture et quasiment désert ! Ne manquent que les tumbleweed ou le grincement de l’enseigne du saloon, et rencontrer ici Claudia Cardinale ou Henry Fonda ne serait pas plus étonnant que ça.

Trouver notre B&B dans ce village où le nombre de chats dépasse largement celui des habitants et où les rue n’ont ni nom (trop tentant, ma fille!) ni numéro relève de l’exploit. Et ce n’est pas cette dame qui nous balance son seau d’eau sale quasiment sur les pieds qui va nous aider. Une visite au saloon susnommé et quelques coups de fil plus tard, nous voilà installés dans la cabane du cowboy, au confort spartiate, mais charmante.
Arrivés tôt, on en profite pour une balade… à vélo (quand on aime !) Jusqu’au bout de la péninsule de Sinnis pour un coucher de soleil sur la Torre de Tarros et un spritz au bar du coin, comme un clin d’œil aux SQD (private joke, désolé!).
Raté pour les deux, le bar fermant à 17h (un peu tôt pour s’envoyer un spritz non?) Et les nuages venant gâcher le spectacle crépusculaire. Reste la plage de San Giovanni, mais elle est couverte de posidonies en décomposition, ce qui nous impose un retour chez Sergio Leone, pour un repas autour du feu, les chevaux bien attachés à un arbre… Non, je blague !

(Pour les puristes, les 42 kilomètres et 42 mètres de dénivelé du titre, c’était sur le papier, la réalité nous faisant parfois faire des détours volontaires… ou pas !)
Mardi 6 décembre.
RV4.15 San Salvador di Sinnis – Bosa (82 km, 859D+, 5h39)
Laissons là ce far-west…
On a passé la soirée à rejouer des scènes mythiques des westerns américains avec un succès comment dire… mitigé. On s’est quand même bien amusé.

On quitte San Salvador sous un soleil magnifique et c’est tant mieux parce que la route est longue et que l’on a choisi de passer par la côte, à priori un chemin de terre et de sable, la carte n’est pas très précise sur le sujet. Ça se présente plutôt bien au début, le chemin du bord de mer est vraiment roulant et la côte est magnifique. On longe une belle plage de sable d’un blanc immaculé, on dirait du sel (ou de la neige!). Mais il faut vite slalomer entre les zones inondées et ensablées, la piste disparaissant parfois sous l’eau. Et quand on a réussi à passer, les moustiques entrent dans la danse, beaucoup de moustiques, des centaines de moustiques.

Ce passage n’est confortable ni pour nos fesses, ni pour le matériel et Bob nous fait une grosse frayeur quand l’axe du support prend un jeu inquiétant mais finalement bénin, juste un boulon à resserrer. Ouf ! Mais quels paysages!
On se sort finalement de ce joli piège pour un repas au bord de l’eau, au pied des falaises de Santa Caterina di Pittinuri. Les sandwiches bresaola ou coppa, c’est bon, mais tous les jours… vivement un jambon beurre ou plutôt prosciutto-burro.

Quelques villes et villages ratés (grosse étape, on ne fait pas d’extras, au grand désespoir de Marion) plus loin nous attend le kilomètres 1000 de cette Randovélo. On avait pas de Champagne, alors on a fêté ça à la barre vitaminée !
On arrive par la marina sur Bosa, pressé de découvrir la ville aux mille couleurs au soleil couchant. Comme d’habitude dans les villes anciennes, Google a du mal à nous indiquer le chemin vers notre chambre d’hôtes (Eh oui, Monsieur Google, tout le monde n’habite pas New-York!).

Enfin à destination, on attends notre hôte de longues minutes pour découvrir un B&B ultra moderne dont le chauffage ne fonctionne pas ! Et non seulement le William n’est pas un spécialiste de la clim réversible mais il semble s’en foutre royalement. On trouve finalement nous même la solution et en attendant que la clim réchauffe l’appartement, on en fait de même à grand renfort de spritz au Corso 79, un bar bobo-branché vraiment accueillant.

On se restaure d’une pizza à la trattoria « Il Pirate », décoré comme l’Artichaut (le bar de chez nous), version pirate des caraïbes , mais à l’alcool de myrte excellente et offerte par le patron.
Et demain, journée de repos (et de lessive, c’est pas du luxe !)
Mercredi 7 décembre.
Journée de repos : 24 heures dans une carte postale !
Bosa en long, en large et aussi un peu de travers.
On en avait eu un petit aperçu hier en arrivant, mais ce matin c’est une évidence : Bosa EST une carte postale ! Et en couleur !

La visite se déroule le portable à la main tellement tout est pittoresque, ça en devient même un peu écœurant. Nous ne visiterons pas la citadelle dans la ville haute, elle est fermée pour l’hiver. D’ailleurs,beaucoup d’endroits sont fermés ou en travaux à cette époque de l’année.

Il nous reste la visite du cœur historique de la ville, disons plutôt le cœur touristique, pour faire quelques courses en prévision de la journée du lendemain, boire et manger quelque chose, et flâner

Beaucoup de maisons sont transformées en B&B, beaucoup sont à vendre et les boîtes aux lettres renseignent sur la nationalité des propriétaires.

On décide d’aller faire un tour vers la Marina Di Bosa, impossible de trouver un endroit où manger sauf une trattoria qui sert des pâtes correctes, accompagnées du bourdonnement de toutes les mouches de la ville. Marion voudrait bien goûter une glace artisanale, mais en plein hiver un jour de semaine à 14 heures, c’est mission impossible ! Bon, on a quand-même réussi à se trouver un resto pour ce soir et à apprécier le sens civique des italiens, qui s’esclaffent quand on hésite à emprunter à pied un passage interdit… aux piétons.

Ce soir, ristorante S’Iscugia à Bosa, je pressent une excellente soirée, d’autant que le chef est fan de Supertramp, ce qui me ramène 40 ans en arrière. Jamais désagréable !
Et c’est un régal! Des pasta cuite à la perfection, assiette de poisson frits, vermentino au top, malvoisia de Bosa, café expresso, à réveiller un mort. Bref, une soirée réussie avant de faire la connaissance de Stefano, demain à Thiesi.
Jeudi 8 décembre.
RV4.16 Bosa – Thiesi (60 km, 1150D+, 4h46)
Elle voit des Patous partout !
Hier soir, après les deux apéros au vermentino et l’excellent restaurant « S’Iscugia », mieux valait savoir ou on mettait les roues !
L’étape est courte mais le dénivelé très honorable. On commence par 7 kilomètres de montée, ce qui permet de dire au revoir à Bosa, très coloré au soleil levant, avec quand même une pointe de regret.

Les ennuis commencent un peu avant Pozzomaggiore, un village perché dans la montagne Sarde et dont la principale activité est l’élevage de brebis et la fabrication de fromages pecorinos. Mais qui dit brebis dit chiens Patous pour garder les troupeaux dans la montagne. Pas méchantes les bébêtes, mais très impressionnantes, surtout en groupe ! Et comme ils n’ont pas trop l’habitude de voir des cyclistes et qu’ils courent vite, on est des proies faciles… À moins qu’ils soient là pour tester les capacités cardiaques et musculaire de Marion, qui en cas de poursuite, me dépasse même dans les côtes !!!

Grosses décharges d’adrénaline à la clé, et stress général pour le reste du trajet.
On a tenté à l’occasion de voir de plus près un de ces fameux Nuraghes (des monuments de pierres brutes en forme de tour et dont le rôle reste à définir!), mais les propriétés privées sont fermées au public et si en plus des brebis paissent dans les parages… On verra donc demain.
Une erreur de navigation nous oblige à quelques kilomètres de plus mais nous fait découvrir un village décoré de nombreux trompe l’œil, Cossoine.

On arrive sur Thiesi par une belle descente et c’est bien parce que là, les chiens ne nous rattrapent pas. Passage obligé par la zone industrielle (bien modeste tout de même !).
Stefano, qui nous accueille, fabrique des fromages pecorino, et donc est en rapport avec des brebis qui forcement fréquentent des chiens Patous. Nos relations en seront-elles dégradées ?

Oui, mais surtout à cause de la chambre, aménagée sans goût ni bon sens et qui ne correspond pas du tout à la description faite lors de la réservation. Une seule chose est sûre, vu l’épaisseur de la porte (blindée?) et la taille des gonds et des cadenas, on ne risque pas d’être cambriolé cette nuit. Il était banquier dans une autre vie, le Stefano ?
On savait l’italien très pieu mais le sarde explose tous les compteurs ! Les villages comptent souvent plusieurs églises et comme c’est aujourd’hui la fête de l’Immaculée Conception, tout le monde se retrouve à l’office, et même plusieurs fois par jour.

Et bien sûr, après la messe, le moment Spritz… avant le repas prévu à la pizzeria locale « Dea Madre » où trois pizzas pour deux ne nous font pas peur !
Vendredi 9 décembre.
RV4.17 Thiesi – Alghero (64 km, 915D+, 4h15)
Alghero la blanche !
64 kilomètres pour rejoindre la capitale touristique du nord de l’île, puisqu’on a décidé de prendre la route de la côte plutôt que la SS292, plus directe mais plus fréquentée. Pour le début de l’étape, après la colazione prise en compagnie des carabinieri ( aussi joyeux que nos gendarmes), colazione de spartiate, café longo, donc la moitié d’un expresso de chez nous, croissant à la crème ou au chocolat, on se retrouve à stresser dès qu’on croise un troupeau de brebis. Heureusement, aujourd’hui, les Patous ne sont pas de sortie.

Le ciel est bien chargé, mais on passe entre les gouttes.
Au pied de Monteleone Rocca Doria, on fait l’économie d’une grimpette de +120 mètres (et aussi d’une vue imprenable sur un Salagou* local) et on se concentre sur la montée vers Villanova Monteleone.

On profite d’un point de vue sur tout le nord de l’île pour un repas pris en vitesse et dans le vent avant d’entamer une descente vertigineuse (mieux vaut la faire dans ce sens) et retrouver le bord de mer et la route de la côte vers Alghero.

Alors que j’attends Marion que j’ai un peu semé dans les montagnes russes et les virages du bord de mer, un motard allemand s’arrête et me demande si tout va bien. Je lui dis que j’attends juste ma femme, qui doit faire du shopping dans le maquis sarde! Ah, la solidarité entre deux roues…

Arrivés tôt à destination, on en profite pour visiter la ville fortifiée, faire quelques courses pour le lendemain, choisir un resto pour le soir et savourer un moment Spritz bien mérité. Marion met sens dessus dessous les bijouteries de la vieille ville pour dénicher La bague de corail qui va bien.


Ce soir, on dîne chez Lo Romani, finalement une des meilleures tables du voyage. En sortant du restaurant, on entre dans un bar (pour un dernier verre!) où un groupe chante à sa sauce des reprises de chansons de dessins animés des années 80. Les italiennes sont à fond et Marion dans son élément !
(*) Le Salagou est un lac artificiel entouré de terres rouges, situé près de Clermont-l’Hérault.
Samedi 10 décembre.
RV4.18 Alghero – Stintino (57 km, 405D+, 3h37)
Ah, la voilà enfin notre étape de M…
La tempête a soufflé toute la nuit sur Alghero, au point qu’au petit matin on a envoyé un message à notre hôte pour savoir si on pouvait rester une nuit de plus. Après un petit déjeuner riche en crème et en chocolat, le ciel s’étant un peu calmé, on a décidé de partir. Et puis, laisser Marion une journée de plus dans cette ville, avec une carte bancaire semble risqué, vu la soirée d’hier !

Les vingt premiers kilomètres, sur le plat et avec seulement quelques gouttes, suivis d’une première grosse averse, c’était l’antipasti ! Les montagnes russes, une seconde pluie, le vent qui se lève, ça devient éprouvant. Mais on en voit le bout et le moral reste bon jusqu’à . . .
. . . Jusqu’à ce qu’on se retrouve bloqué par cinq chiens de berger, quatre Patous et un énorme chien noir de race… méchante! Impossible de trouver une autre route, les bestioles nous barrent le passage et Marion est en stress. C’est une charmante Sarde chez qui on est allé toquer qui a immédiatement abandonné sa séance de ménage et nous a ouvert la route avec sa voiture. Un grand merci à elle, et mort aux chiens cons! (Au moment où j’écris ces lignes, je viens de retrouver l’adresse des chambres d’hôtes tenues par cette dame. Je lui ai envoyé un chaleureux mail de remerciement et attend une éventuelle réponse… À suivre!)
Avant le pique nique, l’orage qui nous a trempé nous a semblé bien doux. Et le repas pris sous l’abri à caddies déglingué d’un parking abandonné était un festin !

Pour la fin d’étape et l’arrivée à Stintino, on avait le vent de face, les doigts bleus et la douche chaude a été un vrai moment de jouissance. Le « Boutique Hôtel 103 » est un B&B ultra moderne, tout est pensé pour le confort, il y fait une chaleur étouffante et comme il faut un master 2 pour comprendre comment fonctionne la clim, on dormira… fenêtre ouverte ! Mais comme dans beaucoup de ces endroits trop bien léchés, il y manque une âme. Stintino est un port de pêche (au thon principalement) dont les heures de gloire sont un lointain souvenir. Reste un village pas trop défiguré par le tourisme et la plaisance où les bars restent des lieux de rencontre et de chaleur humaine. Pour une fois, on ne nous regarde pas trop de travers avec nos tenues voyantes et nos vestes jaunes (et nos deux tournées de Spritz devant Maroc/Portugal, pour se remettre de nos émotions).
Partout dans le port sont placardées des photos souvent anciennes de « gente de tonnara », des figures locales de la pêche au thon et pour Noël, la ville est décorée de santons et animaux de la crèche grandeur nature, dont les bêlements et les beuglements se font entendre à notre passage. Drôle, mais irritant à la longue !
Le repas du soir, à l’hôtel Lina, est excellent, avec une mention spéciale pour leur pain, fine galette croustillante et parfumée.
Une dernière vrai étape qui nous laisse un petit goût amer, avant Porto Torrès et retour au bercail.

Dimanche 11 décembre.
Journée de repos.
30 petits kilomètres et puis s’en vont…
…Mais avant ça, profitons de notre journée de repos ! Premier exploit, me lever après 8h00.
Ensuite, on avale un petit déjeuner façon “impersonnel” avant d’aller faire un petit tour sur la presqu’île de Stintino, en vélo.

L’endroit est dédié au tourisme et envahi de résidences secondaires, et d’hôtels plus ou moins luxueux (tous vides à cette époque de l’année).
On s’arrête un bon moment sur Piagga Pelosa, la plus belle plage de l’île et aussi une des plus photographiée. Il ne manque que quelques degrés pour qu’on se baigne dans cette eau cristalline aux reflets turquoise sur fond de sable blanc.

Tout près, l’île d’Asinara, réputée pour ses ânes sauvages est fermée au public pour l’hiver, le regret de ce voyage.

Entièrement vidé de ses habitants, cet endroit qui fût un enfer pour les bagnards italiens est devenu le paradis de la faune et de la flore méditerranéenne.

Un peu plus loin, on découvre le Capo Falcone, un décor lunaire battu par les vagues et le vent. Ici la méditerranée ressemble furieusement à l’atlantique tant la mer est agitée et les rafales de vent impressionnantes. Sur ces roches sculptées par les vagues, rien ne pousse et ce jour là, tenir debout relève du miracle.

Pour se remettre de cette vivifiante balade une « gelati » à l’épicerie locale est tout indiquée, suivie d’une visite au musée de la pêche au thon et d’un dernier Spritz sur l’île !

Le prochain sera sur le ferry… On profite aussi de cette dernière soirée au restaurant de l’hôtel Lina pour attribuer les “Bob d’or”, qui récompensent nos meilleurs moments passés sur l’île.
Lundi 12 décembre.
RV4.19 Stintino – Porto Torres (30 km, 153D+, 1h43)
Nous ne quitterons pas cette île de rêve…
…sans jeter un dernier regard, et un dernier Spritz au bar du ferry ? Mais revenons d’abord à nos Bob’s d’or ! (pour ceux qui aurait raté un épisode, Bob est notre emblématique et fidèle remorque où s’entassent l’essentiel, et aussi un peu de superflu!)
Bob d’or de la meilleure chambre, Dolceluna à Torre Salinas.
Bob d’or du meilleur accueil, Valentina, b&b Selu à Jerzu.
Prix spécial du jury pour la dame du b&b Turchese de Biancareddu pour nous avoir sorti des pattes de cinq chiens.
Bob d’or du meilleur Spritz au Da Zia Titina de Jerzu et à Susanna, la patronne.
Bob d’or de la meilleure pizza au Green Café de Quartu Sant’Elena.
Bob d’or du meilleur petit déjeuner à Tenuta le Terre 1927, Borgo schifoni.
Bob d’or du meilleur restaurant à l’Iscugia de Bosa.
Bob d’or de la plus jolie ville à Bosa.
Bob d’or de la ville la plus vivante à Alghero, aussi pour ses bijoux de corail et ses ceintures de cuir !

Aujourd’hui, nous quittons Stintino pour la dernière (petite) étape du voyage pour rejoindre Porto Torrès et le Méga Smeralda de Corsica ferries. Même bateau, même cabine, on va voir si le menu a changé !

La route du bord de mer nous conduit rapidement dans la zone industrielle de Porto Torrès, très fréquentée par les camions qui rejoignent le port. Mais, bon, c’était sous le soleil…

Un dernier pique-nique sur la plage, un peu d’attente avant d’embarquer et le point final de cette jolie balade de 1224 kilomètres et de plus de 13000 mètres de dénivelé. La prochaine destination ???

