“And you, what would you do for love?”
(Pour Thierry, Nathalie Portman, actrice)
“What did you expect?”
(Pour Marion, uma thurman, actrice aussi…)
“C’est la Corse ou le divorce!”
(Pour les deux, Vladimir, acteur chez Santor)
Mercredi 4 décembre
(Liaison jusqu’au port de Marseille)
Nous partons un jour plus tôt pour éviter la grosse journée de grève annoncée pour le 5 décembre . Un petit arrêt à Châteauneuf de Gadagne et Miramas pour faire des bisous à Thomas, Estelle, Marie et Denis, et on dépose la voiture au parking de l’hôtel Ibis Bonneveine (merci Onepark). S’ensuivent 12 kilomètres de vélo dans les rues de Marseille et nous voici dans la file d’attente pour le « Jean Nicoli », le ferry de Corsica Linéa qui doit nous amener à destination.


Après plus d’une heure te demi d’attente au vent à manger des BN pour tuer le temps, nous montons à bord. Les vélos restent dans la cale, et pour nous ce sera la cabine 663. Royal !
Le bar est ouvert et c’est cool. Petit apéritif au muscat du Cap Corse et bière Pietra ambré à la châtaigne en attendant le départ. 20h15, toujours à quai… Nous espérons juste que la grève n’a pas commencé 12h plus tôt sans qu’on soit au courant.


Départ vers 20h30, heureusement parce que le repas n’est servi que jusqu’à 21h00…Oups ! Entrecôte charolaise (pas très corse, c’est vrai!) de 350g servie avec un Clos Marfisi de Patrimonio (là on est raccord!). Cette nuit ça va « un peu tanguer » comme ils disent, entre minuit et 5 heures. On espère ne pas y laisser nos tripes!
Jeudi 5 décembre. Étape 1.
Bastia / Canale di Verde. 69,5 kms, 4h04, 462 m D+

Réveil à 7h pour le petit déjeuner. La nuit a effectivement été pas mal agitée (on a pas compté la houle dans le dénivelé du jour), drôle de sensation, comme dans des montagnes russes. Heureusement pour nous, notre cabine est au milieu du bateau.
C’est parti!
Pour cette première étape, la météo est plutôt bretonne, pluies éparses et crachin, beaucoup de T10 (en corse, les routes ne sont pas départementales ou nationales, elles sont territoriales d’où cette numérotation originale), un peu de Lido sur une piste cyclable très rudimentaire, bordée d’eucalyptus et de chênes liège. C’est tout plat et tranquille.

Séquence émotion (pour Marion) en traversant Figaretto (30 ans après cette colo avec Clarisse). Bon, sous la pluie, c’est pas le top… Voire glauque quand il nous faut pique-niquer sous un abris bus sordide le long de la T10, entourés de poubelles qui dégueulent (grève, pas grève ?).
Quand on longe les champs d’agrumes, c’est superbe (la plus belle photo, celle dans ma tête).

Cocooning à Canale di Verde.
La dame qui nous accueille à Canale di Verde est désespérée pour nous et s’inquiète à cause de la pluie. Alors elle nous bichonne, et ce soir nous mangeons à leur table, 18h30 pour l’apéro ! Une étrange sensation de « mal de terre » subsiste après la traversée. Le vent et la bruine n’ont pas atténué ce phénomène.
Soirée avec Rose et Gérard.
Pour le repas, la barre est haute! Apéritif à la myrte et Cap Corse, feuilleté au brocciu, rôti de porc moelleux, choux de Bruxelles et patates sautées, puis chèvre frais au miel. Excellent! Et de longues discussions entre Corse et Italie (Bollène, l’île d’Elbe, mais aussi l’administratif insulaire …).

Nous étions comme des coqs en pâte, Rose et Gérard nous ont accueillis comme des princes ! (mais il ne faut pas le répéter, c’était juste pour nous).
Vendredi 6 décembre. Étape 2.
Canale di Verde / Sainte Lucie de Porto Vecchio.
86 kms, 5h06, 927 m D+
Nous quittons Rose et Gérard ainsi que leurs chats, leurs poules qui pondent dans le bananier qui croule sous les régimes (incroyable !), le coq qui se perche dans le tilleul, et les voisins dont un magnifique avocatier orne l’allée.
Bonne moyenne, 17km/h. On commence par faire des montagnes russes parsemées de peau d’agrumes. Nous pédalons au milieu des orangers et des mandariniers.
Petite variante sur la fin, plutôt que de rester sur la T40, nous avons fait une virée par Conca (grimpette…). On en a un peu bavé (là), mais c’était beau et nous étions en forme. On a tout de même mis plusieurs fois pied à terre sur des portions à plus de 10%. Conca est au pied des aiguilles de Bavella, arrivée du fameux GR20 : superbe et isolé !


Au dîner ce soir, les avocats de Rose, et la bière Pietra qui nous suivra du début à la fin du périple.


Samedi 7 décembre.Étape 3.
Sainte Lucie de Porto Vecchio / Bonifacio.
54 kms, 3h15, 570 m D+

Hier soir Pascal (lorrain d’origine) nous a accueilli avec un très enjoué « Bienvenue en terre mafieuse ».
Il nous raconte son long parcours pour se faire accepter (même s’il connaît le coin depuis tout petit, avec ses parents). L’acmé c’est le jour où vous êtes invités au pique-nique familial le dimanche de Pâques, autour de la tombe des aïeux.
À Conca demain c’est la fête de la nation (un énorme drapeau s’illumine tout le mois de décembre en haut de la colline). C’est dommage, si nous n’avions pas changé de date, nous serions allé là bas, écouter la messe et les chants corses en s’empiffrant de charcuterie.
Pour l’instant, la gourmandise du petit déjeuner c’est son pain des morts (noix et raisins) traditionnellement fait à la Toussaint. Les habitants invitent les voisins à veiller les âmes tout en le dégustant. 54 kilomètres seulement, mais tant mieux, on traîne pas mal autour du petit déjeuner.


Pas de vent, il fait super beau, super bon (Thierry regrette de ne pas avoir pris ses mitaines). On s’octroie une pause le temps d’un petit café à Porto Vecchio.
“La vie ne vaut rien rien… Rien ne vaut la vie !”
Vive les vacances !
Après Porto Vecchio, on reprend la T10 et le vent en pleine poire en prime. Ah ici, quand ça souffle, ça souffle ! dit le sage (et la suite du voyage va nous le confirmer). Heureusement l’étape n’est pas longue. « C’est là que ça se corse ! », quand la route est droite, le paysage déprimant et qu’il faut lutter contre les éléments.
“Mais quand je tiens, tiens, tiens, dans mes deux yeux éblouis le joli petit cul de mon mari, moi je ne dis rien, rien, rien, rien ne vaut la vie”
(il faut se donner des motivations, et je vais bien rigoler quand il va lire ça).
(C’est vrai, mais tu riras moins quand tu verras les étapes suivantes et les dénivelés. Je ne suis pas sûr que mon petit cul suffise !)

Arrivée en descente sur Bonifacio, puis remontée sur l’hôtel Liceto. Thierry trouve que BOB a pris du poids depuis Cadaquès et il y a un tel vent qu’on est obligé de pédaler dans les descentes. Quant aux montées…
Il ne faut pas arriver trop tard parce que j’ai pris rendez-vous chez Miksans, coiffeur sur le port. Sur l’Île de Beauté, je vais m’en faire une aussi, de beauté ! Je craque, cette tignasse, ça n’est plus possible. Première infidélité à Karine depuis 19 ans.

Bonifacio est désert, et pourtant on est samedi. On trouve de quoi dîner à L’An Faim, soupe de homard, salade de crevettes, linguine de chair d’araignée, dos de dorade et cassoulet de légumes, douceur châtaigne. Honorable ! La soirée est excellente et la marche de retour à l’hôtel aide à la digestion.
Dimanche 8 décembre. Journée de repos.

L petit déjeuner n’est pas extraordinaire à l’hôtel. Et notre pain des morts a été bouffé dans la nuit par la fourmi argentine. Ça ne lui portera pas bonheur, la garce !


On part en randonnée vers le phare de Pertusato et la plage de San Antonio. C’est magnifique et on pique-nique face aux îles Lavezzi et la Sardaigne au loin, sous le soleil mais aussi dans le vent… On a l’impression de marcher sur un gâteau à la broche aveyronnais géant, c’est hyper drôle mais gare aux chevilles. D’ailleurs, le retour vers l’hôtel hier soir dans la nuit m’a coûté une entorse et j’ai cru que la randovélo se terminait là ! Heureusement, le gaffer gris était là, pour strapper la cheville… et pour l’épilation aussi !

Vent et soleil…ça casse ! Alors de retour à l’hôtel, on se permet une grosse sieste avant une virée dans la vieille ville. Hormis une course de vélos pour enfants (Téléthon oblige), la ville est déserte. Ils profitent de l’hiver pour faire des travaux de canalisation et d’assainissement. Conséquence, les rues sont complètement défoncées et impraticables, alors nous pensons à la Cannac et ses travaux devant le chai . Là, c’est puissance 10 !

Heureusement il nous reste le Factory, LE bar branché (et ouvert) du coin qui nous propose un vin madérisé hors de prix. Ce soir, c’est dîner aux « 4 vents » pour foutre un peu le boxon, jamais les océans n’oublieront mon prénom (à moins que ce ne soit la mer…).

Et re-petite marche digestive vers l’hôtel par le Campu Rumamilu (1/2 h de balade nocturne par grand vent). Finalement en cette période, seuls les prix sont touristiques (semble dire la baguette aux céréales à 1,80€).
Lundi 9 décembre. Étape 4.
Bonifacio / Propriano, 67,5 kms, 4h36, 966 m D+
Le vent a soufflé toute la nuit, j’ai donc bien eu le temps de stresser pour l’étape, parce qu’on peut se le dire, on va en chier ! Vent de face avec des rafales entre 45 et 80 km/h (selon Météo France, ou Météo Corse peut-être?).
J’ai même rêvé que les Dachord nous rejoignaient avec leur Berlingot (avec de la place pour y mettre les vélos). De toutes façons, maintenant qu’on est tout en bas, on n’a pas la choix, il faut remonter !
On pédale dans les ascensions d’une côte, normal ! Mais on pédale aussi pour pour descendre! What the fuck ?!?!

Et Sartène qui n’arrive toujours pas… On n’a presque plus d’eau, la route est une vraie poubelle, bouteilles vides, canettes, verre cassé, mais aussi des morceaux de voitures, ou même carrément des voitures entières et défoncées. Chaque fois qu’on s’arrête sur le bas côté, on découvre une décharge à ciel ouvert, plus ou moins cachée, et qui pue.
Finalement, on a fini par arriver malgré le vent qui, au détour des virages nous stoppe tout net, au risque de tomber de vélo ! C’était bien raide et en plus, on a failli manquer d’eau.

Propriano est assez vivant malgré beaucoup de commerces fermés (on est lundi). On va prendre quelques munitions pour le lendemain dans une petite biscuiterie artisanale familiale très sympa, Au biscuit de Fozzano.

Ce soir, c’est pizza au Cocodile sur les bons conseils de la marchande de biscuits. Pizza speck et Corsica avec un rouge du domaine de Fiumicicoli (Propriano). On reçoit un SMS de Rose, notre hôte de la première étape, qui été stressée pour nous de cette journée ventée (le vent c’est le Libecciu, prononcer Libètche) annoncée.
Mardi 10 décembre. Étape 5.
Propriano / Suarella, 73 kms, 4h52, 1282 m D+

Du soleil et pas de vent ! Une étape de rêve ? Après la journée d’hier, ça fait du bien. On en profite en multipliant les petites pauses sympas avec vue sur la baie de Valinco, c’est beau !!!
Pause de midi à la plage de Portiglio, où Thierry oubliera ses lunettes de soleil (Le vélo et les lunettes, ça va devenir une longue histoire !). Bizarrement il n’a pas voulu refaire les 20 kilomètres dont quelques-uns d’une montée un peu raide pour les récupérer ( il n’est pas toujours très joueur).

À une pause café (certes, nos vélos n’étaient pas hyper bien garés, mais les voitures pouvaient tout de même circuler), on a eu droit aux klaxons énervés des locaux (« non mais on ne plus circuler là !»). On se serait cru à la maison.
Les derniers kilomètres sont bien raides, comme promis et une voisine avait prévenu Anne (notre hôte) que deux cyclistes montaient le raidillon :
– À coup sûr, ce doit être tes cyclistes !
– Mais qu’est ce qu’ils font, toujours pas là ?
Hé, c’est pas de l’électrique Madame ! Suarella est un village très mignon, et le couchant du soleil rougit les montagnes aux sommets enneigés, auxquels la lune est accrochée. Nous sommes les premiers hôtes d’Anne.






Elle nous fait bien rire en nous narrant la visite de Mr Gîtes de France qui parle de sa maison “un peu datée”, et des gens qui aujourd’hui ne demande plus de piscine (c’est dépassé!) mais un couloir de nage.
Anne et ses histoires de vaches ; le maire lui dit qu’avec le terrain qu’elle possède, elle pourrait avoir deux vaches :
– mais qu’est ce que tu veux que je foute de deux vaches ?
– mais tu n’es pas vraiment obligée d’avoir ces deux vaches sur ton terrain, mais t’as juste à les déclarer et tu auras 800€ par an de l’Europe ! (Vive la PAC)
Mais à qui sont ces vaches?
Et effectivement, on a souvent vu sur notre trajet des panneaux annonçant :« attention, vaches sauvages », parce que ces vaches n’ont effectivement pas d’enclos, elles sont libres, elles vont aussi sur les plages. Ce sont les vaches tigrées avec un pelage particulier, comme la race canine endémique, le “corsinou”. Un croisement improbable ? Du coup, la commission européenne a fait venir un vétérinaire du continent, pour pucer ces vaches. Il s’est fait assassiné au bout de 3 jours. Ils n’ont envoyé personne d’autre.
Anne nous explique que sur l’île 30 % des actifs sont des agents territoriaux (état, département, région) et qu’il vaut mieux qu’ils aient ce statut plutôt que celui de chômeurs. Magouille, mafia… Après il y a les Cotorep, les dépressions longue durée, les Burn-out… De toute façon, pour 350.000 personnes, l’état n’a pas trop envie de s’embêter, c’est trop compliqué, c’est la conclusion de notre hôte.
Mercredi 11 décembre. Étape 6.
Suarella / Cargèse, 63 kms, 4h40. 1017 m D+

Encore une belle étape en vue, grand soleil, pas de vent, départ à la fraîche. La difficulté du jour, c’est le col de San Bastiano qui culmine à… 404 m.

Là nous attend un chat pour se faire caresser. En fait il y a des chats partout, se faisant dorer la pilule au soleil. À l’occasion d’une pause à Sagone, on en profite pour prendre un petit café et pour remplir nos gourdes. Les gens ici sont loin d’être avenant, on est regardé comme des bêtes curieuses. À cause des vélos ou sommes-nous dans la Corse profonde ?

Cargèse a deux églises qui se font face, l’une orthodoxe et l’autre catholique. L’église orthodoxe est superbe.

Nous avons aussi le choix entre deux cafés pour l’apéro, celui des jeunes (musique à fond, c’est bruyant…) ou celui des vieux (pastis et jeu de cartes et parlé local). Nous allons à celui des anciens. À notre arrivée, le silence s’installe (ça n’est pas un cliché) mais la convivialité du lieu reprend vite ses droits, mais en corse !

Un match de foot se déroule en fond sonore :
– Oh, c’est Bayern ou Bayonne ?
-C’est Bayonne, regarde, ils jouent à guichet fermé ! rires (les tribunes sont vides)
Ambiance conviviale, tout le monde s’embrasse et fait son show à la Corse : une joute verbale permanente. Au moment de partir ils nous retiennent (hé pardi, ils perdent un public d’exception)
– Oh, désolés, on a fait trop de bruit !
– Mais non, mais non
– Et vous venez d’où comme ça ?
Si on leur explique, ils vont tomber de leur chaise.

Ce soir le repas au St Jean est fait de pâtes, on est tout crevé, on va bien dormir à l’hôtel Cyrnos. Nous aurons le petit déjeuner dans la chambre, nous annonce le propriétaire. C’est à dire qu’il a fait de la salle commune son logement, on a pas trop le choix !
Des invitées surprise!
On se couche, mais que sont ces petites bêtes qui courent sous les draps ? Le temps d’en attraper une, de comparer avec des photos d’une recherche sur internet, on a déjà éclaté une bonne dizaine de punaises de lits.
On descend voir notre Thernardier local qui n’a pas l’air surpris et nous propose une pauvre petite bombe anti punaise.
– Y’en a beaucoup en Corse, autant, c’est vous qui les avez ramenées.
Non mais on rêve … Bon, il nous change de chambre (très jolie vue sur la mer… de nuit) mais le sommeil a quand même été compliquée entre la psychose à la punaise ( on se gratte, on allume toute les cinq minutes) et le vent qui s’est levé. Pour la nuit de repos, c’est raté !
Bien dommage que notre chambre d’hôtes initiale nous ai fait faux bonds, et que les chambres du St Jean étaient en réfection…
Jeudi 12 décembre. Étape 7.
Cargèse / Partinello, 44,7 kms, 3h25, 1006m D+

On démarre avec un vent de fou. Certes l’étape sera petite, mais il faut appuyer fort sur les pédale pour lutter contre le vent ! On roule en direction de Piana. Objectif du jour, la petite photo devant le « cœur de Piana » (l’idée nous a été donné par des clients du restaurant quelques jours avant la fermeture).

La journée culmine à 433 mètres d’altitude, au col de San Martino. La route est belle et on y croise rarement du monde, un avantage du mois de décembre. On arrive dans Piana par le sud, rien d’excitant, mais d’un coup à la sortie d’un virage, les calanches ! Cette roche rouge de granit et trucmuche (du grès peut-être ?) rose en dentelles fantasmagoriques qui viennent mourir dans la méditerranée, c’est magnifique.



Surprenant, scotchant, le plus beau paysage de la Corse pour moi (Marion).
Par contre, le vent et le froid sont terribles (pour la Corse…). On a bien trouvé le cœur, mais on n’a pas eu le courage de s’arrêter pour la photo, trop compliqué pour un autoportrait et Thierry va perdre des doigts. On s’octroie un petit stop à Porto, comme toute station balnéaire, l’hiver y est mort. Il y a plus d’hôtel que de maison et aujourd’hui, les locaux restent au chaud. Chauds aussi seront le chocolat et la crêpe qu’on se paye dans le seul bar (restaurant?) ouvert dans la localité.
On arrive enfin à Partinello où Sophie nous fait un accueil très chaleureux… et où il y a une machine à laver (psychose à la punaise de lit).


Le village est perché, perdu, au calme, il fait nuit tôt, on a pas grand-chose à faire, il n’y a pas de réseau (là on parle de téléphone, internet, on oublie!), on ne peut même pas en profiter pour appeler la famille ou les amis. Donc on va faire tourner la machine…
Question de notre hôte :
– Vous étiez au dessus d’Ajaccio il y a deux jours ? On vous a vu au col de San Bastiano, et j’ai dis à mes filles, eux, je suis certaine que ce sont mes hôtes.
– Ah oui ?
– Ben, des gens à vélo en itinérance à cette époque, il n’y en a pas beaucoup !
Vendredi 13 décembre. Étape 8.
Partinello / Calvi, 58,5kms, 3h39, D+ prévu 1001m
(Le GPS est tombé en panne et on a fait des petites variantes par rapport au tracé initial. En fait, les satellites doivent regarder ailleurs en passant au dessus de la région.)

Pouvait-on s’attendre à autre chose un vendredi 13 qu’à de « rares averses » et un « vent avec rafales sur Calvi », la journée s’annonce bien “foupoudav” (foutue pourrie d’avance, demandez au soldat Ryan). À 9h20 on est toujours pas partis …ah, Thierry voit une petite éclaircie (je ne le savais pas si optimiste). En fait c’est juste la pluie qui nous tend un piège ! Les messages des amis ce matin nous mettent du baume au cœur, merci les amis !

Nous finissons par nous lancer sous une petite pluie fine et pénétrante, et dans la purée de pois avec une côte d’un kilomètre pour se mettre en jambe. Puis arrive la grosse drache. Dommage, en haut du col du jour, on était presque (!?!?) secs. Je crois qu’on peut le dire, c’est NOTRE ÉTAPE DE MERDE ! (Ah, que c’est bon de crier au beau milieu des montagnes…ça défoule un peu).

Tout au long du trajet mes pensées vont vers un lavomatic. Ce sera le premier truc que l’on cherchera en arrivant à Calvi (avant même un café pour se réchauffer).
Sur les conseils insistants de Sophie nous changeons d’itinéraire , passons par Galéria (ça ne s’invente pas) et donc ne suivons pas la côte (dont de toutes façons nous n’aurions pas bien profité).
– il risque d’y avoir trop de cailloux !
On se dit tout d’abord qu’ils nous prennent pour des abrutis, ça s’évite un caillou !…c’est quand ils tombent qu’ils sont dangereux ! Et quand on voit certain sur la route, c’est pas des blagues. En plus, le vent a forci et le long de la côte les rafales atteignent 120 km/h, c’est en alerte orange (ça, Marion le saura après…).
C’est plus calme dans les terres et on arrive sur Calvi vent arrière, dommage qu’on ai pas de voile. Le long de l’aéroport, on roule à 30km/h sans pédaler pour terminer l’étape. Vive les VAE (Vélos à Assistance Éolienne).
Au lavomatic on rencontre des gens sympa avec qui on a bien le temps de discuter (pendant que ça sèche) sur la beauté de l’île qui décline, la mafia et les constructions sauvages. Dans leur résidence ils sont quatre à vivre au milieu de quatre-vingt-dix appartements, alors l’hiver c’est mort, et l’été c’est l’horreur !

Un autre couple nous parle de la Sicile, sale avec ses poubelles à ciel ouvert alors que la mafia empoche le fric…c’est drôle, ça rappelle quelque chose ! Une folle dingue habillée tout en noir vient nous chanter une chanson paillarde en se tordant la bouche. Certains disent que c’est l’ex femme de Jean-Hédern Allier, on s’en fout, elle est juste tarée et fait un peu peur.
En quittant le lavomatic, le vent est tellement fort qu’au premier coup de pédale il me projette contre une voiture (juste garée). Une gamelle phénoménale façon Buster Keaton, coincée entre la voiture et le vélo (et morte de rire par cette image) je n’arrivais plus à bouger !
Pour se remettre de toutes ces émotions on se jette dans le premier café, goûter à la tarte salée corse et vin rouge (Thierry reste classique et sobre, au chocolat chaud).

Arrivés chez Béa à 18h30 (l’attente est longue) et c’est Hervé qui nous accueille , un pote à elle. Elle est sur le « continent ».
On passe la soirée avec Hervé, bons Burgers livrés à l’appartement, discussion et vin rouge (et il a même bossé à Valmorel ! ah, la nostalgie). Hervé travaille dans la maintenance au centre scientifique de l’exploration marine, il assiste les équipes de scientifiques lors des plongées, le club Méditerranée en fin de carrière, c’est pas mal, après avoir été plombier à son compte, et avant pour un boss, vadrouillé partout en métropole. Il nous raconte la posidonie, cette plante poumon de la méditerranée, maltraitée par les yachts et leurs ancrages destructeurs, et partout indispensable non seulement à l’écosystème marin, mais aussi à l’oxygène sur terre !
Samedi 14 décembre. Repos (bien mérité) à Calvi.
Un petit coiffeur pour finir une coupe “île de beauté “, “on rééquilibre les volumes”. Le résultat n’est pas top non plus, moins Désirless, mais “coupe de vieille” comme dit Thierry. On flâne dans les rues de la citadelle à la recherche de Tao et de traces laissées par Jacques Higelin. Facile ! On fini par une randonnée vers la péninsule de Revellata, ou se trouve le centre scientifique qui étudie les fameuses posidonies. Le sentier du littoral est superbe, sous le soleil.








Dimanche 15 décembre. Étape 9.
Calvi / Saint Florent, 67,5kms, 4h13, 938 m D+

Nous quittons Calvi sous un beau soleil, sans vent, c’est parfait. On traverse Lumio, puis l’Île Rousse, beaux villages (mais tout nous semble beau sous le soleil). La seule ombre à ce tableau idyllique, ce sont les voitures du rallye de Balagne, en échappement libre et heureuses de la faire savoir !
La traversée du désert des Agriates est magique ! Ça ressemble un peu aux Corbières avec la mer dans un coin et les montagnes enneigées dans l’autre.

Le silence est incroyable, troublé seulement par les chants d’oiseaux et les cris des rapaces. On passe près des plages paradisiaques de Lotu et Saleccia (sable blanc, eau turquoise, pin parasol sur la plage) mais bon, c’est quand même pas trop la saison.


Saint Florent est un très joli village et bien plus vivant que Calvi . Par contre, on n’est franchement pas certain de trouver à manger ce soir… Notre pot quotidien (vin corse et irremplaçable Pietra) est pris au Col d’Amphore, bar à l’ambiance corse (hormis la télé qui braille), les vieux et les jeunes mélangés qui tapent le carton dans la bonne humeur. Ici, la mixité sociale ne se décrète pas, elle se vit !
La chambre de l’hôtel donne sur le port, c’est trop beau, mais malheureusement le restaurant (maître restaurateur) est fermé ce soir.

Le repas est pris au Tchin-Tchin (Aïe-Aïe!) et la cuisine de Toino vaut… de passer son chemin ou d’improviser un ramadan. Je ne me souviens pas de toute ma vie avoir si mal mangé ! On passera sur la bouteille de vin déjà débouchée (juste pour nous servir du pichet), mais les pâtes…comment est-il possible de rater des pâtes ???
Bon, malgré les pâtes aux gambas de Marion (comme prise de risque, c’est passer la soirée en mini-jupe avec DSK), personne n’a été malade, c’est déjà ça !
Lundi 16 décembre. Étape 10.
Saint Florent / Centuri, 59kms, 3h43, 1131 m D+

Du soleil et pas de vent, de nouveau une belle étape le long de la côte.

À partir de Nonza, la roche est superbe, des dégradés de bleu turquoise, céladon, bleu gris foncé, qui contraste avec la roche rouge oxydée.

Je fais chuter ma moyenne en voulant sans cesse ramasser des morceaux “ils sont trop beaux !” (Marion). Quand BOB se met à peser son poids de caillasse, je dis stop au Petit Poucet du jour (Thierry). Les toits des maisons sont en lauze turquoise, magnifiques ! Même les murets le long de la route sont beaux, et les plages dans les tons pastels bleu et rouge ! Il n’y a personne (ou presque) sur la route, c’est cool. On passe devant une mine d’amiante désaffectée, la roche est friable et blanche, on ne s’attarde pas.



On nous avait fait peur avant de partir sur le thème “les corses et les vélos”, comme quoi c’étaient des énervés, mais ils sont plutôt respectueux.
Nous arrivons au bon moment à Centuri, le vent se lève. Pour la nuit ils attendent des rafales à 100 km/h (ah, c’est bon ça, ça va nous détendre pour la nuit!). Le port de Centuri est très joli (authentique Marion, authentique!), mais presque mort. On arrive à faire notre apéro chez Marc, la conversation ne s’engage qu’au moment de notre départ, quand on a payé. Ici on pratique l’Omerta commerciale.
Mardi 17 décembre. 11eme et dernière étape.
Centuri / Bastia via Tolare, 73,4kms, 4h58, 1128 m D+

Le vent a été terrible toute la nuit, avec en plus le bruit de la climatisation, on a pas beaucoup dormi, souvent réveillée, à la pensée de l’étape du lendemain.
On démarre avec effectivement beaucoup de vent (mais rien à voir avec cette nuit), et on est assez protégé par la montagne.

Tout d’abord, 7 kms de montée et puisque le vent est un peu tombé on décide de faire la boucle jusqu’au bout du doigt (hé, sinon, t’as pas fait le tour!), voir les vaches qui broutent sur la plage (oui oui, les fameuses vaches “sauvages”).


Ça se complique à nouveau quand on passe sur la côte Est. On fini notre tour avec le vent de face, accompagné de quelques embruns lorsque l’on n’est plus à l’abri de la côte sinueuse. Je suis impressionnée par le nombre de pierres tombales sur le bord de la route à la mémoire de jeunes mort accidentellement.


À l’approche de Bastia s’ajoute le trafic des voitures et les routes pas toujours terribles. Les 20 dernières minutes sont un peu stress. À l’arrivée à Bastia, nous allons à l’essentiel : Pietra / crêpes en attendant d’embarquer. La récompense finale, sous une terrasse chauffée, c’est tout ce qui nous fallait.

Épilogue
Après 716 kilomètres et plus de 10.000 mètres de dénivelés sur les route Corse, débriefing sur le bateau (qui n’appareillera pas avant 23h à cause de la grève des dockers à Marseille).
– “Quand est ce qu’on repart ?” (Thierry).
– “La Pietra ambrée casse les pattes : il vaut mieux la boire après la douche” (Marion).
