Guernika 2024

Randovelo34, en route pour Guernica

Hier Guernica…

Dans l’imaginaire collectif, Guernica est un épisode dramatique de la guerre civile espagnole opposant les franquistes nationalistes aux républicains alors au pouvoir.

Mais c’est bien plus que ça !

C’est le premier bombardement massif d’une population civile sans défense par une aviation militaire, ici, la légion Condor de la Luftwaffe nazie, aidée par les bombardiers du régime fasciste italien, c’est un des premiers acte reconnu comme « terroriste » perpétré par une nation en tant que telle, l’Allemagne du troisième Reich, c’est encore ce millier de victimes, morts et blessés d’une ville détruite dans sa quasi totalité par les bombes et le feu.
Et c’est pour finir, ce magnifique et angoissant tableau peint par Picasso et qui se trouve maintenant au musée Reina Sofía de Madrid.

Soule, Labourd, Guipuzcoa, Biscaye, Navarre,nous partons à la découverte des pays basques français et espagnols, de leurs cultures et leurs identités, profiter des paysages de falaises et de criques du Golfe de Gascogne, découvrir les Bardenas Reales, les Pyrénées espagnol, la Catalogne et finir en rejoignant la côte méditerranéenne.

Plus de 1700 kilomètres de paysages changeant, d’histoires d’indépendance et de résistance, résonnant étrangement avec l’actualité…

…hier Guernica, mais aujourd’hui ?


Vendredi 15 novembre
RV 6.01 Hérépian /Mazamet (74 km – 453D+ – 4h25)
Une mise en jambe.
randovelo34.fr carte

Enfin l’occasion se présente de parcourir cette voie verte Passapaïs dans sa (presque) totalité. On voulait du beau temps, on l’a ! Et aussi les premières gelées de l’automne. Un trajet sans encombre, sous le soleil, quelques jolis passages comme le pont Eiffel d’Olargues ou le long tunnel de la Fenille qui nous fait basculer dans les paysages agricoles du Tarn. Marion décide d’enquêter pour savoir ou se trouve la frontière entre l’appellation « chocolatine » et « pain au chocolat ». il semblerait que Riols soit une limite plausible pour qui suit la voie verte, mais aussi que cette frontière soit à géométrie très variable et fluctuante.

Un départ sous le soleil… exactement!

Mazamet n’est plus qu’un gros bourg hanté par son passé industriel, aux rues bruyantes et pas très animées. Entre une friperie et le Café de Paris, je me trouve un pull chaud (en faisant mon sac, j’ai oublié qu’on est en hiver!) et un apéro bruissant d’une insupportable musique de fête foraine.

Le pont Eiffel d’Olargues.
Riols, passation de pouvoir?

Comme chez les Gaulois, la journée se termine autour de la table et c’est la bonne surprise de la soirée. A l’enseigne « Mets et plaisirs », l’équipe est sympa et et l’ambiance pas guindée, la cuisine efficace et inventive, une transition idéale, le « vrai » voyage commence demain. On aura encore du soleil pour aller retrouver nos producteurs d’ail de Lautrec (et opposants actifs à l’A69), à Saint Germain des prés.

Le tunnel de la Fenille, point culminant de l’étape.

Samedi 16 novembre
RV 6.02 Mazamet / Saint Germain des prés (47 km – 669D+ – 3h13)

Des gousses d’ail contre l’A69!
Un petit crochet en fin de parcours, merci l’A69!

Deuxième journée sous le soleil qui commence par un petit tour au marché animé du samedi matin et l’occasion de ravitailler pour le repas de midi. La première ascension démarre avec les encouragements d’une marcheuse des chemins de Saint-Jacques dans la montée de l’avenue Guynemer. On emprunte la route du Tarn à vélo, un joli parcours qui met nos jambes à rude épreuve (que de bosses !) surtout après le restaurant de la veille.

On pique-nique à l’abri de la halle médiévale d’Escoussens, autant pour se protéger du vent que du soleil d’hiver qui peut parfois être étonnant !

Pause café à Escoussens.
Insolite mademoiselle Jeanne!

La fin du parcours est un peu perturbé par les travaux de l’A69. 55 kilomètres d’autoroute pour gagner 10 minutes entre Castres et Toulouse, sans tenir compte des riverains ni des enjeux économiques ou écologiques. Résultat, une rallonge de 3 kilomètres en empruntant la route de Castres très fréquentée et une fin de parcours à 15% qui nous oblige à pousser nos vélos dans la côte. Je dois absolument penser à installer une cassette plus adaptée au voyage à vélo. Le couscous de fin de soirée autour des anecdotes de Zadistes, des violences policières inutiles et d’exploits des « écureuils » face aux forces de l’ordre nous requinquent pour l’étape de demain.

Le chantier de l’A69…
…histoire d’une gabegie annoncée.

En Ambrosi, la maison de Chantal et Jean, est un modèle de rénovation réussie, toute en astuces et matériaux de récupération. Un grand merci pour leur accueil et pour leur ail rose de Lautrec qui ravi les papilles de nos clients depuis de longues années !

Arriver en Ambrosi, ça se mérite!


Dimanche 17 novembre
RV6.03 Saint Germain des prés – Toulouse (66 km – 594D+ – 4h18)

Rien ne pouvait sauver cette étape. Ni la météo d’un gris désespérant, ni les paysages de cultures intensives, ni les Pyrénées qu’on ne verra pas pour cause de brumes. La route heureusement n’était pas trop fréquentée sauf à l’arrivée dans la banlieue toulousaine. Même la photo place du Capitole était compromise par l’installation du marché de Noël.

On retrouve nos amis toulousain cyclotouristes (entre autre…) autour d’une gaufre chocolat / banane et d’un chocolat chaud (le voyageur à vélo a des goûters… roboratifs).

On termine la soirée avec les enfants, papotages, tricotages et repos avant un moment en famille au restaurant « Molette », en centre ville. Crème de champignons, rillettes de canard et autres palettes de porc vont bien nous aider demain, pour attaquer le Gers et ses vallonnements meurtriers.


Lundi 18 novembre
RV 6.04 Toulouse – Auch (79 km – 984D+ – 5h15)

Sortir de Toulouse, c’est un peu traverser Airbusland. Ça a des bons côtés, comme les innombrables pistes cyclables, mais les successions d’entrepôts, de bureaux de hangars, sans compter la circulation dense à cette heure matinale, nous font accélérer la cadence pour en sortir.

On se retrouve rapidement dans la campagne gersoise, très agricole et tout en montagne russe. Il paraît que la route plate a été inventé après la création de ce département ! La bonne surprise, après notre rencontre avec les chemins de Saint-Jacques, c’est l’arrivée à Auch.

Agriculture intensive donc!

On tombe en pleine manif des agriculteurs (plus Coordination rurale et Jeunes Agriculteurs que Confédération paysanne) contre les traités européens, Mercosur et Ceta. À grand renfort de klaxons, d’explosions de marmites, les tracteurs de tout le département se donnent rendez-vous devant la préfecture gardée par les inévitables cars de CRS. Pas de dérapages, entre amis on évite de se taper dessus, et c’est parti pour trois jours de manif, brasero et ambiance assez bon enfant.

Et manifestation intensive aussi…

On en profite pour visiter un peu cette ville où Henri IV a paraît-il séjourné. Cette ancienne ville de garnison est truffé de maisons à colombages de cours intérieures préservées et de monuments à la gloire de qui en avait les moyens.

Évocation du déluge dans l’ancien testament. Sculpture de Jaume Plensa.

Un petit pousse rapière en apéritif nous ouvre l’appétit et fait un hommage tout a fait cohérent à mon père, à la tienne Philippe !


Mardi 19 novembre
RV 6.05 Auch – Aire sur l’Adour (89 km – 936D+ – 6h07)

On quitte Auch, notre petit B&B cosy, ses jeunes agriculteurs en colère pour une longue étape vers la région Aquitaine ( pardon, Nouvelle Aquitaine).

Esso, Elf, Antar, Shell, elles disparaissent toutes! Les stations services se font rares, elles n’ont plus de services que le nom mais sont finalement recyclées par les randonneurs comme nous pour une pause appréciée. Un mal pour un bien ?!?!

On croise rapidement le village « d’Artagnan », Lupiac, ou l’art d’exploiter a fond la renommée d’une figure historique ! Le café d’A…, la librairie d’A… bref, il y en a pour tous les goûts… Un pour tous, tous pour un, de nos jours une des deux affirmations manque tout de même à l’appel !

Monter, descendre, monter… À partir de Cahuzac, on longe l’Adour et l’on chemine entre les pâturages et les marécages. Lignes droites interminables, vent de face, mais plus de relief. On a signé tout de suite surtout quand les porcs noirs de Bigorre nous ont accompagnés. Élevés en plein air ? En plein vent plutôt !

Marion peste un peu contre la longueur des étapes depuis le départ mais trouver des logements convenables ouverts l’hiver n’est pas si simple. Elle recense ses douleurs, jambes, épaules, fessiers sûrement pour mieux les surmonter ?

Grosse étape?
Grosse consolation!

On arrive à Aire sur l’Adour à la nuit tombée sur une ligne droite interminable, même le GPS n’en peut plus et nous ne verrons pas les passes à saumons mais trouverons le resto qui va bien grâce à notre hôte ( Ô Thil). Rude étape pour demain, pas tant à cause de la distance mais plutôt pour la météo !


Mercredi 20 novembre
RV 6.06 Aire sur l’Adour – Habas (74 km – 695D+ – 5h08)

« Chantons sous la pluie… » J’aurais bien voulu l’y voir l’ami Gene Kelly ! On n’a pas chanté, on n’a pas dansé, on a juste pédalé et la pluie ne nous a pas laissé en paix.
Sauf le temps d’une pause « boite à livre et ravito » à l’abri des arcades de Geaune.

La tête de Marion donne le ton du jour…
… Et en moins d’une heure, tout est à tordre!

Marion en profite pour des test de gants : petits gants de soie pour la chaleur et… gants Mapa pour l’étanchéité ! Pas chic et pas forcement choc. De toute façon, tu transpires et tu te trempes de l’intérieur ! En parlant d’intérieur, les journées de pluie sont des occasions d’introspection intense et… de toute façon, la pluie bouche le paysage, alors pas de regrets !

A l’abri sous les arcades.
Dans la salle du bar-tabac… on se sèche!

Le bar La Rotonde nous accueille bien gentiment pour un pique nique au sec, et pour se sécher un peu les proprios nous proposent une place près des radiateurs, à déguster un « poulet combo » réunionnais qui tombe à pic ! Vive les foodtrucks de fin de marché. On profite aussi de la pause pour se renseigner sur l’état des routes espagnoles, de violents orages ayant récemment endommagé le réseau secondaire. Encore un grand merci à Loïc et Coralie pour leur accueil et leurs conseils.

Le parcours se termine comme il a commencé, sous les trombes d’eau ! On prend possession de notre logement du jour non sans quelques difficultés (lire les instructions en diagonale ne fait pas forcement gagner du temps). La chambre sous les toits est charmante, mais qui dit toit dit poutres et mon front en gardera la trace pour quelques étapes (Le vélo c’est dangereux, surtout quand on n’en fait pas !).

Pour se remettre, l’apéro au café du village, le « QG » si bien nommé, est le bienvenu. Fond de culotte (Suze / cassis) et remettez nous ça !


Jeudi 21 novembre
RV 6.07 Habas – Bayonne (59 km – 204D+ – 3h50)

Après notre petite virée au QG, le bar PMU d’Habas, où le patron nous a confirmé les problèmes de circulation sur les routes inondées autour de Huesca, après une pizza avalée pendant que nos vêtements séchaient tant bien que mal, on croyait avoir droit à une bonne nuit réparatrice. C’était sans compter le bruit de la pluie sur le Velux et les cloches qui sonnent toute la nuit, heures et demie-heures. Et comme l’église est à peine 50 mètres de nos oreillers… Bref, toute petite nuit et heureusement toute petite étape.

<-Maudit clocher et…
… derniers potins.

Rouler sans la pluie aujourd’hui tenait du miracle vu les prévisions météo. Ça nous a permis d’apercevoir enfin les Pyrénées. Au loin, les sommets enneigés (et moi qui ai vendu cette rando « tranquille » à Marion : « de la neige dans les Pyrénées à cette époque ? Rarissime… »).

On rejoint « les gaves réunis » (Gave de Pau et d’Oloron) pour un pique-nique au bord de l’eau et à Peyrehorade, on quittera la grosse route fréquentée pour se retrouver sur l’Euro-véloroute n°3 qui va nous emmener jusqu’à Bayonne.

Tao, chien collant des Pyrénées.

Après notre pique-nique en face du Bec de gave, on fait la connaissance de Tao, jeune chien Berger des Pyrénées qui veut nous accompagner un peu. On a mis 1/4 d’heure à s’en débarrasser et son maître doit toujours être en train de lui courir après !

Jusqu’à Bayonne, c’est plat pays le long du canal de l’Ardabanie. Un bonheur de cyclotouriste après une semaine de montagnes russes.

On arrive sur Bayonne juste avant la pluie en traversant l’inévitable zone industrielle et commerciale qui borde maintenant toutes les petites villes. Le temps de se lester d’une bonne bouteille pour l’apéro, chez Vincent (Les vins de Vincent), caviste aimable et disert, et notre ami Pascal nous ouvre les portes de son nid douillet et chauffé.

Il est arrivé et nous aussi!

Une journée de repos (et de découvertes) nous attend, entre Bayonne et Biarritz.


Vendredi 22 novembre
Journée de repos

Après cette grosse semaine où l’on a un peu sous-estimé les étapes casse-pattes du Gers, cette journée de repos était bienvenue. Pascal, qui nous hébergeait pour deux nuits nous a servi de guide et c’était un vrai plaisir de se retrouver.

Les abribus de Bayonne
sont joueurs

Une journée toute en image autour de Bayonne, Biarritz, Anglet et Saint Jean de Luz. Le cloître de la cathédrale de Bayonne, les remparts de Bayonne, Sur les quais… de Bayonne. …il ne manque plus que le jambon… de Bayonne.

Et à Biarritz, les surfeurs sont au rendez-vous, quelle que soit la météo et l’état de la mer.

Et demain, on passe en Espagne, si possible sous le soleil !


Samedi 23 novembre
RV 6.08 Bayonne – San Sebastian (70 km – 940D+ – 5h08)

On part sous le soleil de Bayonne pour une journée entre pays basques et pays basques ! On rejoint l’Eurovéloroute n°1, la Vélodyssée, qui chemine dans les villages et la campagne.

Peu de voitures, mais des dénivelés qui obligent souvent à pousser plus qu’à pédaler. Cette Véloroute est parfaite pour une balade en famille mais les randonneurs à vélo n’y trouvent pas forcément leur compte. Ça nous oblige à beaucoup de kilomètres et de dénivelé supplémentaire.

La route qui longe la côte est plus praticable, peu fréquentée par les voitures et les points de vue sont plus beaux. Saint Jean de Luz est plus « populaire » que Biarritz, toutes proportions gardées… Mais surtout plus jolie.

On passe la frontière à Irun et il ne reste que quelques kilomètres avant d’arriver à San Sebastian, en longeant le port industriel de Lezo. A propos de frontière, l’arrivée en Espagne se fait donc par le Pays Basque et le panneau nous indique : « Gipuzkoa » sur fond bleu entouré des étoiles de l’Europe ! Pour l’Espagne, on verra plus tard.

San Sebastian (Donostia, en Basque) est très animée, les bars sont bondés, les allées du bord de mer aussi. C’est un peu la fête ce week-end et on en profite pour s’envoyer de pleins cornets de churros au pied de la grande roue. On est samedi et demain c’est le Marathon de San Sebastian.


Dimanche 24 novembre
RV 6.09 San Sebastian – Mutriku (57 km – 870D+ – 5h04)

La nuit a été difficile pour Marion qui se réveille avec un gros mal de tête et une sinusite et on préfère retarder le départ au risque de se retrouver coincé dans la cohue du marathon. Le vent qui souffle depuis le milieu de la nuit (force 7, dit la météo) n’augure rien de bon pour l’étape.

Un paysage promesse de montées et d’orages.

On sort de San Sebastian par une montée de 5 kilomètres où les bourrasques nous obligent à monter à pied, pour notre sécurité. On chemine sur une crête en plein vent, on y croise les chemins de Saint-Jacques avant de descendre sur Orio pour un pique nique improvisé sur une place tenue par les punks à chien. Des sous vêtements qui se sont décrochés d’un étendoir font le spectacle le temps du repas… Et le vélo de Marion tente de repartir tout seul !

Le vent violent rend la progression difficile voire dangereuse quand il nous projette sur le bas coté (au mieux) ou au beau milieu de la route (frayeur garantie…).

Sur les routes en corniche entre Zarautz et Zumaïa, on est plutôt abrité du vent qui souffle du sud, les paysages sont superbes et l’océan déchaîné.

On fait une grosse pause à Mutriku ( le B&B Haitzalde n’accueille qu’à partir de 17 heures), un café-tapas comme un goûter sur la place du village.

La bonne nouvelle du jour, c’est notre chambre avec vue plongeante sur l’océan. Haitzalde est une belle maison d’architecte construite à flan de colline donnant directement sur l’océan et aménagée en GuestHouse de luxe. Les deux sœurs qui la tiennent font le job, et sont au petit soin pour leurs hôtes.

Et demain, Guernica…


lundi 25 novembre
RV 6.10 Mutriku – Guernica (56 km – 907D+ – 4h03)

Nouvelle journée qui démarre sous les trombes. Marion qui depuis hier préfère la pluie au vent est servie.

On traverse des forêts d’eucalyptus, plantations servant à la fabrication de pâte à papier. À Lekeitio, la pluie s’arrête, et la grisaille se disloque ( ça fera beaucoup rire Marion qui a très peur qu’elle se “resloque”).

Elle peut rire, mais on n’aura plus de pluie pour la journée. À partir de Lastarri, c’est le soleil qui nous accompagne et chaque crique croisée abrite son lot de surfeurs.

On entendrait presque les avions…

Un dernier virage et on entame la remontée de la vallée vers la ville martyre. Il ne reste quasiment rien de cet événement, Franco ayant soigneusement nié et effacé toute trace du massacre. C’est seulement depuis le retour du tableau de Picasso en Espagne, en 1981, que les historiens tentent de retracer la chronologie de cette journée. Aucune volonté stratégique dans ce bombardement par l’aviation nazie, juste l’expérimentation grandeur nature du « tapis de bombes », concept universellement repris par toutes les armées du monde.

Pour cause de désert des Bardenas (voir plus loin), la journée de repos de Guernika a été supprimée. Et finalement sans trop de regrets.

Peu de traces du drame qui s’est joué là, une fresque en céramique représentant le célèbre tableau, une expo permanente de photos d’époque, le fameux chêne (qui avait survécu au bombardement mais pas à la sécheresse de 2003), quelques abris antiaériens et l’ancienne usine d’armement , on a l’impression que la ville hésite encore entre son histoire et son avenir !

En poussant la porte du Tatoo – Piercing de la ville, , nous tombons sur le plus disert des tatoueurs barbus ! Dans un mélange d’anglais, d’italien, de français et d’espagnol, il nous apprend que les boulangers français font les meilleures baguettes et aussi, ce qui nous intéresse au plus haut point à ce moment, que « Bolina el viego » fait les meilleures croquettas du pays basque. Ce qu’on vérifiera un peu plus tard…


Mardi 26 novembre
RV 6.11 Guernika – Zumarraga (63 km – 1314D+ – 4h47)

On quitte Guernika par le pont de la Renteria, soit disant objectif du bombardement, mais qui n’a jamais été détruit.

On monte doucement en direction de Durango, autre lieu emblématique de la guerre d’Espagne.

La douceur de la montée, on en parle?

Pour le pique nique dans la banlieue industrielle de Durango, le soleil ne se montre pas, la pluie et le vent non plus. Ça en ferait une journée idéale sans toutes les usines et les entrepôts qui gâchent un peu le paysage.

Ça va être dur!
C’était dur.

À prendre les vallées perpendiculairement, on s’expose à des dénivelés astronomiques plus par leur pente que par leur altitude. La descente vers Zumarraga est une vraie récompense mais la ville est une déception. C’est une succession d’immeubles que longent la voie ferrée et l’énorme usine Arcelor Mittal.

L’histoire de cette ville est très liée à la sidérurgie et à cette usine en particulier.
100 ans de prospérité mis à mal par le conglomérat avec la fermeture du site, seuls subsistent le chômage et les rancœurs, illustrés par les panneaux tagués (« Arcelor tueurs de familles »). Ne reste que la grisaille des murs et la mélancolie résignée des habitants.

On ne s’étendra pas sur la qualité de notre logement du jour (on a eu du mal à s’étendre sur le lit!), mais l’étape de demain et la journée de repos à Pampelune devraient nous changer les idées.


Mercredi 27 novembre
RV 6.12 Zumarraga – Pampelune (85 km – 1037 D+ – 5h26)

On quitte sans regret Zumarraga et la « pension Urola », après un petit déjeuner en compagnie des joueurs de machine à sous qui, dès 7h00 du matin, viennent tromper l’ennui de leur journée monotone en rêvant d’un avenir radieux. Déprimant !

L’étape qu’on savait longue et difficile se montre plutôt agréable sous le soleil d’hiver. Les 15 premiers kilomètres se font dans un fond de vallée entre rivière, voie ferrée et autoroute, parsemée d’usines. Sans grand intérêt mais la route est calme et les pistes cyclables nombreuses. La montée vers Olaberria est une excellente mise en jambe avant celle, magnifique, du Col de Lizarrusti.

On pique-nique en haut du col, entre Gipuzkoa et Navarre, face au soleil avant la grande descente vers Pampelune, capitale de cette région.

On est plus officiellement en pays basque autonome, mais tout le monde parle basque. Notre hôtel est situé en plein centre piétonnier, c’est idéal pour la découverte de la ville mais beaucoup moins pour les vélos qu’on doit hisser au dernier étage du bâtiment en utilisant un ascenseur minuscule : Tetris vs Otis.

La laverie à deux pas de l’hôtel n’a pas échappé à notre œil perspicace. Avant de terminer dans un bar à pintxos (les tapas espagnols version basque) en attendant le lavage du linge, on s’est payé une séance de Spa (rester à tremper dans un bain à remous me semble plus dur que les kilomètres de l’étape…) et massage réparateur.

LA bière de cette randovelo!

Demain, on découvre Pampelune, sous le soleil !?!


Jeudi 28 novembre.
Journée de repos.

Quelques images pour illustrer notre balade dans la ville fortifiée valent mieux qu’une description forcément réductrice.

Demain, c’est la fête de la ville, jour férié donc et c’est la grosse animation dans les magasins et les bars. On visite les archives de Navarre, la cathédrale, la statue de bronze en hommage aux courses de taureaux des Sanfermines, les rues piétonnes du centre historique, les bar à pintxos où l’Iberico Bellota se tranche à volonté, les magasins de turrón et les inévitables boutiques de souvenirs kitsch.

À demain sur les routes de Navarre…


vendredi 29 novembre
RV 6.13 Pampelune – Sos del rei catolico (71 km – 765 D+ – 4h23)

Après une nuit très agitée grâce aux fêtards célébrant bruyamment le saint patron de la ville et un petit déjeuner « Deportivo » à l’hôtel Pompealo, on démarre cette étape sur les grandes artères des faubourgs de Pampelune.

Jour blanc!

Une mention spéciale aux automobilistes espagnols, respectueux des cyclistes comme nulle part ailleurs. Même sur les nationales hyper fréquentées, on ne se sent jamais en insécurité et jamais on ne perçoit le moindre agacement si le dépassement est impossible.

Après dissipation des brumes matinales.

Sous le signe du brouillard et du froid, on avance facilement sur ces routes larges et assez peu fréquentées. Les paysages changent beaucoup et on quitte le Piémont pyrénéen sans regret pour ses pentes abruptes. Au-dessus de Sangüesa, une interminable ligne droite nous amène au pied de la dernière montée vers notre destination. On croise aussi le canal de Bardenas, avant goût de la journée de demain !

SDRC est un village médiéval fortifié qui a permis de retarder l’invasion de l’Espagne par les musulmans. Décidément cette sixième Randovélo se place sous le signe de la résistance !

Dernier coup de cul avant Sos del Rei.

Avant de dîner à « La coccina del principal », on admire le coucher de soleil sur les toits de la ville, bien calme à cette heure et à cette saison.

L’hôtel « El Peiron » a gardé le charme des maisons très anciennes, mais l’accueil y est agréable et notre hôte peu avare d’explications sur l’histoire de la région. Un régal !


Samedi 30 novembre
RV 6.14 Sos del rei catolico – Arguedas (76 km – 561 D+ – 5h03)

C’est une journée qu’on a pas vu passer ! Un temps idéal pour pédaler, des routes tranquilles et quelques belles découvertes, même si on n’est pas venus là par hasard.

Au dessus des brumes, Sos del Rei Catolico.

A peine le petit déjeuner avalé, on attaque (ou on est attaqué, c’est selon) un col à 900 mètres d’altitude et plongeons vers Figarol et la plaine des Bardenas. On rejoint une piste (interdite à tous véhicule, mais sommes nous vraiment des véhicules?) qui longe le canal sur une dizaine de kilomètres avant de prendre la route des Bardenas Reales.

Vaincre un col? Toujours un plaisir.
Défense de fumer.

Pour la pause repas, on est accompagné par des centaines de grues cendrées en pleine migration. Les photos ne donnent rien, on garde pour nous les images et le brouhaha de tous ces oiseaux.

Canal de Bardenas Reales, artère indispensable à l’agriculture.

Quelques centaines de mètres plus loin, on tourne à gauche et la piste est devant nous. Là, on roule sur des billes, freinage violent déconseillé et frein avant prohibé, ce que Marion va vite comprendre. On s’enfonce petit à petit dans un désert qui, toutes proportions gardées, ressemble aux paysages de western.

Première expérience gravel.
Là, ça va mieux, non?

Ne manquent que les tumbleweed et les Outlaws (et la belle Peggy du saloon, bien sûr). Un désert n’est pas forcement une région aride dépourvue de végétation, ça peut aussi être un endroit peu peuplé. Les Bardenas Reales cumulant un peu des deux définitions.

La température en cette fin novembre avoisine les 25°C (on roule en débardeur et cycliste court) et la fréquentation humaine est plus que sporadique ! Mais on y a croisé des champs et quelques tracteurs, signe d’une activité agricole.

Après avoir parcouru les 30 kilomètres des Bardenas du nord au sud, on tombe sur le « castil de tierra », emblème des Bardenas Reales et attraction touristique incontournable. Selfie de rigueur, on n’y a pas échappé !

Un vrai désert, on vous dit!

Notre fin d’étape nous amène à Arguedas, connue pour ses toros et ses ruches creusées à même le sol (et évidement, le miel qui y est récolté).
Notre hôtel (« Camino de las Bardenas », un refuge pour motards) fait aussi restaurant et en ce samedi soir, c’est bondé et l’ambiance est bon enfant.

Un petit goût d’aventure…
… et d’exotisme.

Demain, on remet ça demain, cette fois-ci d’est en ouest, en espérant voir quelques indiens Navajos.

Arguedas, des toros patibulaires.

Dimanche 1er décembre
RV 6.15 Arguedas – Ejea de los caballeros (49 km – 407 D+ – 3h17)

On avait très envie de faire une seconde étape dans les Bardenas et on est très content d’avoir pu faire la première. Au réveil, le brouillard est… dense, on n’y voit pas à 10 mètres, mais on se dit qu’en montant sur le plateau, ça va se dégager ?

Aujourd’hui, on roule dans la purée…

Pas du tout ! Heureusement, c’est dimanche et le trafic est quasi nul. Les touristes ont déserté la purée de pois.

On avance vite dans les Bardenas, en devinant plus qu’en voyant les paysages. On se concentre donc sur les détails. Mais l’étape est courte et on arrive trop tôt à Ejea de los caballeros. On en profite pour nettoyer un peu nos montures dans une station service. Après les Bardenas, ça n’est pas du luxe ce petit coup de Karcher !

La piste pour nous tout seul.Pas désagréable!

A l’hôtel, l’accueil est tout sourire, on en profite donc pour refaire la déco de la chambre. Le bâtiment, qui date du 14eme siècle est magnifique et les vieux meubles qui le garnissent aussi. Peut-être le lit aurait-il mérité un brin de modernité. 8 générations y ont dormi et ça se sent !

Ce soir, c’est bar à tapas, fini les pintxos, on n’est plus en pays basque. La télé est branchée à fond sur une chaîne qui débite de la tauromachie en cascade.

Qu’importe la monture!
Un peu de couleurs dans cette journée.

A vous dégoûter de manger le moindre morceau de viande avant longtemps ! Ambiance pesante encore parce que la serveuse, charmante, est surveillée par son copain qui passer la soirée au bar à s’user le pouce sur son smartphone. Tauromacho ?


Lundi 2 décembre
RV 6.16 Ejea de los caballeros – Huesca (76 km – 671 D+ – 4h31)

On s’imaginait une étape un peu monotone, un peu dans le brouillard et pas grand chose à en dire. Surtout que ça démarrait par de la nationale !

Quelle que soit la route…
… on se sent en sécurité!

Je vais me répéter mais je reste coi devant le civisme des conducteurs espagnols. Jamais ils ne nous ont mis en danger sur cette route à grande circulation. Chapeau bas !

La tranquillité assurée sur les gravelroads.

On préfère quand même les petites routes au calme, les paysages sont plus agréables et les bonnes surprises ne manquent pas. Comme cet étonnant canal de Gallegon et la piste qu’on a suivi juste après. C’est l’ancienne route qui menait vers Huesca mais qui n’a jamais été goudronnée et qui est maintenant transformée en piste cyclable. 20 kilomètres entre les villages abandonnés, les champs et les élevages de porcs. Un régal de gravel road comme ils disent en Islande.

Comme un tableau.

Changement de décor pour cette fin d’étape et ses 15 kilomètres de nationale. On profite des derniers rayons du soleil pour visiter Huesca et surtout sa cathédrale, unique monument remarquable.

A l’hôtel Gargallo, c’est le grand luxe mais ça n’est pas parce qu’il a **** qu’on ne va pas lui refaire sa déco !!! Le restaurant de l’établissement se veut gastronomique et c’est presque réussi, si on oublie les cuissons approximatives et le service à l’emporte pièce.

Mieux qu’un tancarville, une télé grand écran!

Mais bon, il nous faut faire des réserves pour les jours qui viennent…

Violences faites aux femmes,féminicide. Un sujet ultra-médiatisé en Espagne.

Mardi 3 décembre
RV 6.17 Huesca – Barbastro (64 km – 575 D+ – 3h35)

Encore une journée qui commence sous le soleil… et par quelques kilomètres de nationale, celle qui mène à l’aéroport de Huesca. Rien à craindre du trafic, ça n’est pas Roissy !

Des lignes droites, vent dans le dos, on aurait pas osé le rêver!

On est tout de suite sur un plateau où le vent d’ouest nous pousse vers Barbastro. Il ne nous reste plus qu’à profiter du paysage et de notre dernière journée un peu tranquille.

Les cigognes musculaires? Dépassé!
On passe à l’électrique.

Entre deux villages et les nids de cigognes, on jette un œil un peu inquiet sur les Pyrénées enneigées qu’on aperçoit. Pas très bon signe tout ce blanc sur les sommets, on va scruter la météo espagnole de près. Pour demain, rien à craindre, on ne dépassera pas les 1000 mètres.

Déjà la neige, je risque de passer un mauvais moment.

Poussés par le vent d’ouest, quelques tumbleweed nous accompagnent vers notre destination. Avec les villages traversés qui semblent déserts à ces heures, l’ambiance est très « western ».

En attendant, une petite visite de Barbastro ( et de son célèbre lavomatic) nous laisse penser que la vie de province n’est pas toujours une partie de plaisir. Jusqu’à ce bar, « El Cortés » qu’on recommande chaudement… Entre foot et musique, une ambiance incroyable !

Ce soir, c’est match…
… avec un ballon gros comme ça!

Au restaurant de l’hôtel, on se régale d’un plat de riz cuit sur une tôle, croustillant et parfumé, et d’un gâteau crémeux au Gorgonzola ! Les réserves pour demain sont à bloc.


Mercredi 4 décembre
RV 6.18 Barbastro – Tremp (87 km – 1641 D+ – 6h10)

On avait tellement anticipé cette étape, son dénivelé « intéressant », la distance honorable pour notre première journée dans la montagne, que finalement, mis à part les 7 derniers kilomètres du dernier « coll » ( bienvenu en Catalunya), ça a plutôt bien roulé. 4°, mais au soleil.

Les 5 Caballos du sculpteur Julio Tapia à l’entrée du défilé de Olvena me font penser à ce livre de Marguerite Duras « Les petits chevaux de Tarquinia », c’est grandiose et le passage est majestueux. On se trouve sur une route nationale, mais encore une fois, le respect des automobilistes pour les cyclistes est bluffant.

Des falaises, une rivière, une route.
On ne peut pas se tromper!

Dans la montée et même les ouvriers qui réparent la route arrêtent les voitures qui descendent pour nous laisser passer !

On entre en Catalogne à Puente de Montaňana ( ça se prononce Montaniana, mais mon clavier m’interdit la tilde), et c’est aussi là que la route se durcit.

Joie prématurée…
… il restait 7 kilomètres!

Les pentes ne sont pas vertigineuses mais le froid, le brouillard et les grandes lignes droites nous font passer par des états à la limite de la déprime. 87 kilomètres, c’est long… et ces Pyrénées enneigées à l’horizon !

Heureux d’y être arrivés.
Et d’avoir vu de beau paysages.

La descente interminable sur Tremp, dans l’ombre, nous refroidit et la douche chaude de la Canonja font passer mes orteils du violet au rouge ! Demain, on s’enfonce encore plus dans la montagne en espérant que le coup de froid prévu pour la fin de semaine nous épargne…


Jeudi 5 décembre
RV 6.19 Tremp – Oliana (74 km – 1294 D+ – 5h28)

Des températures négatives au départ, si on avait oublié les Pyrénées et la saison, la météo s’est fait un plaisir de nous les rappeler ! Heureusement, encore pour aujourd’hui, le soleil nous accompagne du début à la fin de l’étape.

Étrange ambiance au départ de Tremp.

On longe le canal de Gavet (un nom qui sonne bien français dans cette région!), tout fumant de la gelée matinale. Puis la route se faufile entre les oliveraies et après Isona attaque ses lacets vertigineux vers les deux cols de la journée.

Plus que 39 kilomètres de montée!

Mais qu’elle fut longue cette montée vers le coll de Faidella ! Au moment du pique nique on ne l’avait pas encore franchi. Et celui de Bòixols nous attendait en embuscade.

Pas trop dans le coup là!
Une jolie rencontre.

Les paysages de montagne sont grandiose, on pédale entre les forêts de résineux, la garrigue sèche et calcaire (on pourrait se croire dans l’arrière-pays Héraultais) et on entame la descente vers Coll de Nargò, qui n’est pas un col mais un village de montagne.

Vers le coll de Boixol, la vraie montagne.

On y rejoint la route qui mène d’un côté à Andorre et de l’autre à notre destination. On la quitte rapidement pour un route ombragée et désaffectée qui longe la rivière El Segre et qui nous amène à Oliana.

C’est bon, plus que de la descente et du plat.

Cal Petit est notre auberge d’un soir, avec une vue imprenable sur les falaises et les montagnes. Le patron a couru sur un Paris-Dakar et le fait savoir. D’énormes motos sont posées ici et là en guise de déco MadMaxienne.

Ça, on a apprécié.
Et ça, n’en parlons pas!

Il n’y a pas de restaurant sur place, ça nous oblige à parcourir, de nuit, sur une route à grande circulation, un petit kilomètre de la mort. Que ne ferait-on pas pour un plat de pâtes ? Oui, oui, les aubergistes sont d’origine sarde ce qui nous replonge dans notre étape de Jerzu d’il y a deux ans. Vive le Cannonau !


Vendredi 6 décembre
RV 6.20 Oliana – Berga (70 km – 1177 D+ – 4h42)

Au réveil, les nouvelles de la météo ne sont pas bonnes. L’air froid venu du nord nous joue un sale tour avec ses vents violents et un épisode neigeux. À une journée près, on aurait pu passer tranquille !
Mais le doute s’installe, on envisage plein de solutions et ça crée quelques tensions ( Marion va adorer la litote). Et quand le moral n’y est pas, les jambes suivent le mouvement.

L’étape se passe dans une ambiance un peu morose, succession de bosses un peu casse-patte dans des paysages agricoles ordinaires.


Orion nous accueille à l’hôtel Estel de Berga. Une grande discussion s’engage, un peu en espagnol (les Catalans n’aime pas trop!) et plutôt en français qu’il maîtrise bien. Il consulte météo.cat, le service météo de Catalunya ( pas confiance dans la météo espagnole ?) qui n’est pas si alarmiste.

Après concertation, on décide de tenter de passer en se disant que Camprodon fera finalement une bien jolie étape.


Comme dit Marion, il n’y a pas de mauvaise solution, il n’y a que de bonnes adaptations. On va donc s’engager dans la vallée qui nous mènera en France en se disant que le café du Chat noir est l’endroit idéal pour conjurer le sort.

En attendant, on s’organise une petite visite de Berga et de la « Patum », un sigle bien mystérieux pour les non-initiés . Cette fête inscrite au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO, est à Berga ce que les Sanfermines sont à Pampelune, les toros en moins!
Et demain, on monte donc sur Camprodon voir de quoi il retourne.


Samedi 7 décembre
RV 6.21 Berga – Camprodon (71 km – 1181D+ – 5h05)
Pays basque et catalogne, mêmes revendications.

Ça y est ! C’est la montagne. La route du fond de vallée est encore sèche mais les sommets sont invisibles sous les nuages.

Ça monte doucement, mais ça monte!

On y arrive vite d’ailleurs, dans les nuages. La visibilité ne dépasse pas 50 mètres mais heureusement le trafic est quasiment nul sur cette route secondaire. Sans repères visuels, les kilomètres ne passent pas et le temps s’étire. Les sons de cloche des troupeaux nous accompagnent mais les animaux restent invisibles. Tout ça crée une ambiance étrange et vaguement inquiétante.

Entendre les vaches avant de les voir, étrange atmosphère.

Après San Joan de les Abadesses la route se civilise et orages et soleil se partage la fin du parcours en nous gratifiant au passage de magnifiques arc en ciel.

Le ciel sourit…
… et nous aussi

L’hôtel Cim’s qui nous accueille est en plein centre ville, incroyablement animé par la « navidad » toute proche. Des bars à tous les carrefours, des rues animées malgré le froid vif et le vent du nord. Les vêtements chaud qui suffisent en général sont largement dépassés quand on ne pédale pas. Le restaurant « La Vall » qui nous accueille est bondé, ambiance familiale, service détendu, c’est parfait.

Camprodon animé malgré le froid et le vent.

L’ambiance se tend un peu, quand Marion qui a vue sur l’extérieur s’arrondit les yeux devant les flocons qui commencent à tomber dru ! Tous les enfants sont excités et nous un peu plus dépités. On a joué le passage du Col d’Arès (un peu plus de 1500M d’altitude) à pile ou face. Aurait-on perdu 


Dimanche 8 décembre
RV 6.22 Camprodon – Céret (63 km – 712D+ – 3h55)

On a passé une bonne partie de la soirée à tirer des plans sur la comète. Neige ou pas neige, vent ou pas vent, col fermé ou ouvert. Bref, plein de questions existentielles pour des cyclistes en décembre!

Encore une fois, un grand merci à la réceptionniste de l’hôtel qui s’est décarcassée pour nous trouver l’info.Et les webcams en direct dans la montée qui nous ont rassuré. Confirmé par le panneau en sortie de ville : « Coll d’Ares OBERT ». Pas besoin de traduire, on comprend le catalan là !

On peut y aller, il ne va pas faire chaud dans cette jolie ascension avec ce qu’il faut de neige et de vent pour justifier les réveils en pleine nuit à jeter un œil à la fenêtre…
A Molló (ça se dit Mollio) la route est toujours sèche mais les bas-cotés deviennent franchement blancs.

randovelo34.fr Montée du col d'Ares, coté catalan
randovelo34.fr Montée du col d'Ares, coté catalan

C’est dans les derniers kilomètres qu’on navigue prudemment entre les plaques de verglas et la neige fraîche. Mais en prenant de la hauteur les montagnes nous laissent entrevoir un horizon parsemé de taches de lumière, le soleil d’hiver embrase la méditerranée.

randovelo34.fr Montée du col d'Ares et premières visions de la méditerranée.
Retour en France…

La descente sera finalement plus éprouvante, entre les bourrasques, les doigts qui risquent de tomber sur la route si on enlève les gants et le verglas qui se cache dans l’ombre des sorties de virage.

randovelo34.fr Au col d'Ares, en décembre.
randovelo34.fr descente du col d'Ares, coté français

De retour en France donc, avec ses barmen pleins d’humour : « De toute façon, toi Maurice, t’es qu’un bolchevique. Tu devrais aller à Vladivoscoche en vélo », et les râleurs qui sont le sel de l’hexagone : sur un trottoir vide et large comme un boulevard Haussmannien, une dame nous lance : « C’est pas pour les vélos ici !».
La réponse fuse : « Et pas pour les cons non plus. ».

randovelo34.fr Dans la vallée du Tech

Heureusement, Céret et Marguerite nous attendent de pieds ferme, pour une douche chaude et une visite au musée d’art moderne… (À suivre…)


Lundi 9 décembre, journée de repos.
Céret, la déception !

Avoir tout fait pour passer au moins une journée dans la ville catalane, prendre le risque du Col d’Arès enneigé, du vent violent, avoir roulé sans relâche dix jours d’affilé pour admirer des œuvres de Picasso, Miró, Chagall, Tàpies, Maillol et beaucoup d’autres, et trouver portes closes ce lundi nous a fait l’effet d’un petit blast intérieur !

randovelo34.fr Musée d'art moderne de Céret, fermé le lundi.

Relativisons, on s’en remettra, Céret n’est pas si loin et l’on trouvera bien un dimanche pour cette visite. D’autant qu’on profite de l’accueil chaleureux de Marguerite et de son petit appartement qui est un régal de confort. Elle se propose de sécher notre linge et nous raconte sa vie d’avant, coiffeuse dans les P.O. Pour ces moments là, on est prêts à gravir tous les cols, enneigés ou pas !

randovelo34.fr Picasso, gloire mondiale aussi à Céret
randovelo34.fr Felip Vilà, gloire locale de Céret.
randovelo34.fr

Coté culturel, on s’est donc contenté d’un petit tour dans un Céret gris et venté. On a profité de ce désœuvrement pour reprendre des forces pour les dernières étapes.
Un grand merci à Alice pour la soirée d’hier, c’était un vrai plaisir de la retrouver ici.


Mardi 10 décembre
RV 6.23 Céret – Fitou (80 km – 243D+ – 5h12)

On quitte aujourd’hui les Pyrénées pour retrouver la Méditerranée sous un soleil et un vent d’hiver. Le premier nous réchauffe aussi peu que le second nous refroidit.

randovelo34.fr Les Pyrénées Orientales aux premiers froids.
randovelo34.fr Le Boulou, à la croisée des voies vertes

On retrouve aussi les automobilistes français pour qui la notion de partage de la route est une abstraction totale. Le monde de la vitesse ne laisse ici que peu de place à l’éloge de la lenteur. Heureusement, l’Euro-véloroute n°8 qui longe la mer nous permet une étape plutôt tranquille entre Canigou enneigé et grande bleue.

randovelo34.fr L'automne au pied du massif du Canigou
randovelo34.fr Le Canigou enneigé surplombe les étangs
Entre vignes et étangs, le Canigou est sous la neige!

Au moins jusqu’à Salses le château où nous retrouvons une nationale très fréquentée.

randovelo34.fr. Guernica. Des caves coopératives désaffectées et recyclées en œuvres d'art.
Une coopérative viticole comme une résidence d’artistes.

Enfin, on aurait pu…. mais on a choisi une autre solution ! Un petit chemin entre voie ferrée et étang de Salses, plus très fréquenté et un peu défoncé. En arrivant à Fitou, on peut dire qu’on avait plus la pulpe au fond de la bouteille…

randovelo34.fr. Étape vers Fitou par les chemins creux
Ce petit chemin…
randovelo34.fr. Fitou ville étape.
… qui nous a bien secoué.

Et c’est Miranda, qu’on avait déjà rencontré lors de notre périple vers Cadaquès qui nous accueille au Tilley Cocoon. C’est toujours agréable de retrouver un lieu qu’on avait découvert et apprécié en 2018, cette roulotte immobile à flan de colline et ce même petit crachin…

On dîne au « Bel Ciano Fitou » où Léa et Aldo nous accueillent chaleureusement même si nous sommes les seuls client de la soirée. La cuisine calabraise d’Aldo (risotto de champignons, saltimbocca…) nous ravi les papilles. C’est le meilleur moment culinaire de ce tour des Pyrénées depuis qu’on a quitté les routes françaises. Et emporte la décision d’aller faire tourner nos pédales sur les chemins des Pouilles et de Calabre pour l’hiver prochain.


Mercredi 11 décembre
RV 6.24 Fitou – Bize Minervois (68 km – 615D+ – 4h27)

Le petit déjeuner proposé par Miranda se prend maintenant en chambre et est plutôt spartiate. Fini les confitures et pâtisseries faites maison, les contacts sont réduit à la portion congrue. Le Covid et les confinements sont passés par là, quel dommage !

randovelo34.fr. Guernica. Entre les vignes.

C’est une étape qu’on avait faite en 2018, et déjà sous la pluie. Même si aujourd’hui c’était moins violent, on est arrivés bien humide quand même. Le GPS ne sert à rien, Marion, comme les saumons, retrouve instinctivement le chemin de la maison. Peu de rencontres, dans cette région de vignobles où la taille bat son plein.

randovelo34.fr. Guernica. Rencontre insolite.
La chaine du vélo couché de Gérard fait plus de 2 mètres de long!

On croise Gérard dans la descente du col de Feuilla, sur son vélo couché. C’est l’occasion de causer un peu boutique, voyage à vélo et beau matos. Sous ce ciel gris, les kilomètres filent et on est heureux d’arriver tôt à la Bastide Cabezac. Pour la dernière, demain, on espère une météo plus clémente.

randovelo34.fr. Guernica. Sur la route de Bizes-minervois
Le canal du midi à Ventenac
randovelo34.fr. Guernica. Pause café.
Chocolat chaud!

L’hôtel a un petit coté suranné « Logis de France » mais l’accueil est agréable et la chambre suffisamment grande. On y pends nos vêtements humides, qui vont sécher grâce à un vrai radiateur. Pendant que Marion profite de la baignoire…

randovelo34.fr. Guernica. Paysage des Corbières.
randovelo34.fr. Guernica. Les Corbières.

Jeudi 12 décembre
RV 6.25 Bize Minervois – Hérépian (72 km – 673D+ – 4h42)

Pour cette dernière journée en forme de point final, la météo aurait pu être plus clémente… ou pire ! Si les ponchos sont de sortie, à part un gros orage entre Saint-Chinian et Cessenon et quelques gouttes par-ci par-là , on s’en sort bien. On n’est que humides !

randovelo34.fr. Guernica. Le moulin de Saint-Chinian.
Le moulin de Saint-Chinian domine la vallée.

Le pique-nique dans un abribus de Cessenon sur Orb est avalé rapidement sous les regards toujours interrogatifs des passants, même si très peu osent engager la conversation.

randovelo34.fr. Guernica. L'orage approche.
Il est temps de sortir les ponchos.

Le Caroux nous a gratifié d’un joli rayon de soleil, Passapaïs d’un dernier bain de boue et Hérépian pointait le bout de son nez. Trop contents d’arriver et de se mettre au sec, le blues du voyageur s’est mis en veilleuse…

Randovelo34.fr. Le Caroux, montagne occitane.
Soleil timide sur le Caroux!
randovelo34.fr. Guernica. Piste cyclable minimaliste.
Quand les élus se donnent bonne conscience.
randovelo34.fr. Guernica. Le long de l'Orb
En remontant la vallée de l’Orb.

La machine à laver tourne au taquet, les vélo sont nettoyés, et déjà se profile la trace du prochain voyage. Celui-ci nous aura appris qu’à la montagne en hiver il fait froid, qu’échanger une journée de repos contre une étape dans le désert n’était pas une mauvaise idée, que 80 kilomètres et plus de 1000 mètres de dénivelé, 3 jours d’affilés en est une, mais que ce sentiment de liberté totale fait oublier toutes les averses, les rafales et les pentes.
Merci à tous pour vos encouragements et votre soutien sans faille, et maintenant, repos !

randovelo34.fr. Guernica. La fatigue se fait sentir à la fin du voyage.
Pas les poissons les plus frais de l’étal…